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Activité sur le site
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Signature
"At a time when technology gets ubiquitous,either one is controlled by technology or controls it.
The only difference is knowledge about the technology." Code : Console
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Biographie
Citation : Henri IV , de Luigi Pirandello
Tu ne comprends donc pas ? Tu ne vois donc pas com- ment je les traite, comment je les désarticule, comment je les oblige à paraître devant moi, ces pantins demi-morts d’épouvante ! Ce qui les terrifie, c’est uniquement ceci : que je leur arrache leur masque et que je m’aperçois de leur déguise- ment : comme si ce n’était pas moi qui les avais contraints à se déguiser pour le plaisir que j’ai de faire le fou ! LANDOLF, ARIALD et ORDULF, bouleversés, se regar- dant entre eux. – Comment ? Que dit-il ? Mais alors... HENRI IV, se tournant brusquement, en entendant leurs cris, impérieusement. – Je suis excédé ! J’en ai assez ! Finis- sons-en ! (Soudain, comme si, en y repensant, il n’arrivait pas à y croire.) Quelle impudence ! Se présenter devant moi, au- jourd’hui, avec son amant auprès d’elle... – Et ils se donnaient des airs de pitié, ils semblaient vouloir épargner la colère à un pauvre homme déjà hors du monde, hors du temps, hors de la vie ! Un fou ! Oui, un peu de pitié pour un pauvre fou... S’il ne l’était pas, fou, cet homme n’aurait pas toléré d’être ainsi tyran- nisé ! Ils prétendent bien, eux, tous les jours, à toutes les mi- nutes, que les autres soient comme ils le veulent ! Ils ne consi- dèrent pas cela comme de la tyrannie : oh, non, pas le moins du monde ! C’est leur façon de penser, leur façon de voir, de sentir : chacun a la sienne ! Vous avez aussi la vôtre certainement. Mais je voudrais bien savoir quelle elle peut être ! Celle des bêtes de troupeau, misérable, changeante, incertaine !... Et eux, ils en profitent : ils vous font subir et accepter leur façon de voir ; ils vous font sentir et voir comme eux, ou, tout au moins, ils s’en donnent l’illusion ! Car, enfin, que parviennent-ils à imposer ? Des mots ! des mots que chacun comprend et répète à sa façon... C’est pourtant ainsi que se forme ce qu’on appelle l’opinion cou- rante ! Ah ! malheur à celui qui, un beau jour, se trouve marqué d’un de ces mots que chacun répète ! Le mot « fou », par exemple, ou encore, que sais-je, le mot « imbécile » ! Mais dites- moi, peut-on rester calme à l’idée que quelqu’un s’acharne à persuader aux autres que vous êtes tel qu’il vous voit, lui, à vous graver dans l’esprit des autres, conforme au jugement qu’il a porté sur vous ? « Un fou » « Un fou » ! – Je ne parle pas d’aujourd’hui, où je fais semblant de l’être ! Mais avant ma chute de cheval, avant ce choc sur ma tête... (Il s’arrête brus- quement, en remarquant l’agitation des quatre hommes.) Vous vous regardez dans les yeux ? (Il imite les marques de leur étonnement.) Quelle révélation, n’est-ce pas ? Le suis-je ou ne le suis-je pas ? – Eh oui, je suis fou (il devient terrible.) Mais alors, pardieu, à genoux, à genoux ! (Il les force à s’agenouiller tous, l’un après l’autre.) Je vous l’ordonne : tous a genoux de- vant moi ! – Comme cela ! Et touchez trois fois la terre du front ! Allons ! Devant les fous, tout le monde doit être à ge- noux ! (Il regarde les quatre hommes agenouillés et sent brus- quement sa féroce gaieté s’évaporer, il s’en indigne.) Allons ! Bêtes de troupeau, relevez-vous ! – Vous m’avez obéi ? Alors que vous pouviez me passer la camisole de force !... Écraser quelqu’un sous le poids d’un mot, cela se fait comme rien, comme on écraserait une mouche ! Toute la vie est écrasée sous le poids des mots ! Le poids des morts ! Regardez moi : pouvez- vous croire sérieusement qu’Henri IV vit encore ? Et pourtant, je parle et je vous commande, à vous qui êtes vivants. C’est moi qui vous veux ainsi ! Cela vous semble une plaisanterie, que les morts continuent à dominer la vie ? – Ici, oui, c’est une plaisan- terie : mais, sortez d’ici, allez dans le monde des vivants. Le jour paraît. Le temps s’étale devant vous. C’est l’aube. – Ce jour qui naît, vous dites-vous, nous allons le créer nous-mêmes ? – Ah oui ! Vous-mêmes ! – Et toutes les traditions ! Et toutes les ha- bitudes ! – Vous vous mettez à parler ? – C’est pour répéter toutes les phrases qui toujours se sont dites ! – Vous croyez vivre ? – Vous remâchez la vie des morts ! (Il se campe devant Berthold, complètement abasourdi.) Tu ne comprends rien à tout cela, toi, n’est-ce pas ? Comment t’appelles-tu ? |
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