
Le 3 mai 2012, Gimp.org annonce officiellement la sortie de la version 2.8 de GIMP, l’éditeur d’image libre par excellence. Ceci est l’aboutissement de trois ans de développement, pour pouvoir offrir des nouveautés très attendues dans le monde de l’infographie libre.
GIMP en bref
Les premières lignes de code de GIMP furent écrites en 1995 par Spencer Kimball et Peter Mattis, deux étudiants de l'Université de Berkeley. Ce projet n'était pas prévu, au départ, mais suite à l'échec cuisant de leur compilateur en Lisp, il leur fallait trouver une nouvelle idée de programme en C. Puisqu'il n'y avait pas d'éditeur d'image libre et puissant sous licence GPL qui tournerait sur les systèmes de type UNIX, ils décidèrent d'en créer un. Six mois plus tard, une première version bêta fut publiée, sous licence GPL et s'imposa rapidement comme le premier éditeur d'image professionnel gratuit et sous licence libre. Puisqu'il n'existait pas de bibliothèque sous licence libre pour l'interface graphique de GIMP, celui-ci utilisait la bibliothèque propriétaire Motif dans ses premières versions. La situation a depuis été corrigée par le développement de la bibliothèque GTK (Gimp Toolkit), qui est aujourd'hui à la base des environnements de bureau GNOME et Xfce, qui sont utilisés par de nombreuses distributions GNU/Linux.
Avec les années, GIMP est devenu un incontournable pour les graphistes utilisant uniquement des logiciels libres et il est d'ailleurs inclus par défaut dans plusieurs distributions GNU/Linux, dont Xubuntu, l'une des deux variantes légères d'Ubuntu. Il est aussi disponible pour Windows et Mac OSX.
Cet éditeur d'image permet de dessiner, retoucher, peindre et il gère les calques et les courbes de Bézier, pour n'en nommer que quelques fonctionnalités.
Notez aussi que la numérotation de version est la même que celle qui était utilisée pour le noyau Linux (arrêté depuis la version 3.0), ce qui signifie que le deuxième chiffre indique une version de développement (chiffre impair) ou une version stable (chiffre pair). Par exemple, la version 2.7 était la version de développement de la branche 2.8.
Les nouveautés
La nouvelle mouture apporte plusieurs nouveautés qui ont été fort attendues par la communauté. En voici quelques-unes.
Mode « Fenêtre unique »
Pour ceux qui ne pouvaient pas blairer l’interface multi-fenêtrée que GIMP a toujours eue, GIMP 2.8 permet enfin de passer en mode « fenêtre unique » à partir du menu
Fenêtre > Mode fenêtre unique.
Sous ce mode, les images sont donc regroupées en onglets.
Placement des fenêtres en colonnes
Si les versions précédentes permettaient déjà d’attacher une fenêtre d’onglets sous une autre, GIMP 2.8 permet maintenant d’attacher des fenêtres en colonnes !
Pour donner un exemple, on va déplacer l’un des onglets de la fenêtre de droite et la glisser là où se trouve l’un des bords extérieurs latéraux. Lorsque ce bord s’élargit, on relâche la souris, et voilà notre fenêtre greffée !
Groupements de calques
Une autre nouveauté qui fera la joie de tous les utilisateurs, qui doivent bien souvent gérer de nombreux calques pour des gros documents. Plus besoin d’utiliser un greffon ni de logiciel concurrent pour profiter de cette fonctionnalité fort pratique !
Pour cela, vous disposez d’un nouveau bouton dans la fenêtre des calques pour créer un groupe de calques.
Ensuite, vous n’aurez qu’à sélectionner ce groupe si vous voulez créer un nouveau calque au sein de ce groupe. Quant aux calques existants, on utilise le glisser-déposer pour insérer le calque dans le groupe.
Voilà ce que ça fait avec un bouton comportant plusieurs calques :
La petite flèche à côté permet d’afficher ou de masquer le contenu du groupe
dans la fenêtre des calques, ce qui permet d’alléger la liste des calques.
Nouvel outil « Transformation par cage »
Développé dans le cadre du Google Summer of Code 2010, ce nouvel outil permet de transformer une partie de l’image non pas à partir d’un carré, mais à partir d’un polygone.
Cet outil se trouve parmi les autres outils de transformations dans la boîte à outils.
Pour expliquer le fonctionnement en gros, prenons un chat, dont on va grossir la queue pour lui donner l’aspect d’une queue touffue d’écureuil. Pour cela, on doit placer des points autour de la zone à déformer, en plaçant le dernier point sur le premier pour fermer. Ensuite, on déplace ces points pour déformer l’image (attention : peut prendre du temps sur les grosses images).
Une fois qu’on a terminé, on appuie sur
Entrée pour valider la transformation.
Et voilà, un chatcureuil !
Une démonstration vidéo de l'outil est disponible sur
Youtube.
Édition du texte directement dans le canevas et Style du texte
Dorénavant, vous pouvez éditer votre texte directement depuis le canevas au lieu d’avoir une fenêtre séparée. Les raccourcis comme « Ouvrir un fichier texte » sont maintenant accessibles depuis un clic-droit.
De plus, vous avez maintenant la possibilité d’appliquer des styles à vos textes comme dans les traitements de texte. Ainsi, vous pouvez mettre en gras, italique, souligné, changer la taille, l’espacement entre les lettres et les interlignes pour une partie du texte.
Du nouveau dans les brosses
Le moteur de dynamique des brosses a subi une profonde refonte, avec l’apparition du support des proportions et de l’angle des brosses, ainsi que l’apparition d'une nouvelle fenêtre où vous pouvez sélectionner des dynamiques de brosse prédéfinies qui vous donnent des possibilités intéressantes en termes de traits que vous pouvez faire, sans devoir ajouter un greffon ou un script ! De plus, le jeu de brosses a été complètement revu, pour tenir compte de tous ces changements.
Nouvelles fonctions de sauvegarde et d'export
Pour plus de clarté, la fonction « Enregistrer » ne sert maintenant qu’à enregistrer au format natif XCF, qui permet de tout conserver (calques, chemins, etc.), tandis que l’enregistrement au format PNG (et autres formats) se fait maintenant avec la fonction « Exporter ». Quant à la modification d’une image en PNG, vous disposez d’une fonction « Écraser X.png » pour enregistrer les modifications d’une image.
Chemins, bordures des zones de texte et bordures de sélection plus visibles
La visibilité des chemins, du bord de la zone texte en édition, ainsi que celle de la sélection vectorielle (avec les poignées pour étirer/rétrécir une sélection rectangulaire ou elliptique) a été améliorée, en passant de la ligne simple à la ligne double. Vous les perdrez donc moins facilement de vue.
Un exemple avec un chemin :
Vous pouvez retrouver
la liste complète en français sur Gimpfr.org.
Pour les utilisateurs de Windows
En plus des nouveautés citées ci-dessus, les utilisateurs de Windows seront contents d’apprendre qu’il n’est plus nécessaire d’installer un à un les paquets Python pour profiter des scripts Python-fu livrés avec GIMP, puisque la version classique éditée par
Gimp-win, ainsi que la version portable de
Samj-Créations (ex-Aljacom) incluent maintenant les librairies nécessaires pour faire tourner ces scripts. L’installation s’en trouve donc encore plus simplifiée et donc, plus accessible aux néophytes qui n’avaient déjà plus à installer la bibliothèque GTK séparément depuis la version 2.4.
Pour la suite
Depuis la version 2.6, les développeurs travaillent sur une nouvelle bibliothèque libre appelée GEGL qui est destinée aux éditeurs graphiques. Elle a été introduite dans la branche 2.5/2.6, sans que GIMP ne s’appuie dessus, mais ce portage sera complété dans la future branche 2.9/2.10.
Pour en savoir plus sur cette bibliothèque :
Page Wikipédia de GEGL.
De plus, les projets développés lors du Google Summer of Code 2011 seront également implémentés. Les groupes de calques auront aussi leur masques, tout comme les calques individuels.
Pour la liste complète des fonctionnalités prévues dans la feuille de route de la version 2.10, vous pouvez consulter
la feuille de route sur le wiki des développeurs.
Références