C'est le 10 janvier dernier qu'est sortie la dernière version d'
Ardour, nommée simplement 2.2.
Cette news sera l'occasion de présenter aux Zér0s la pratique de la
Musique Assistée par Ordinateur sous les systèmes
GNU/
Linux.
Qu'est-ce qu'Ardour ?
Ardour est un logiciel de référence pour la
MAO sous GNU/linux. Il s'agit d'un éditeur audio multipistes.
Son nom provient d'une prononciation anglophone de l'abréviation « HDR ». Les
Hard Disk Recorders permettent de numériser un son ou une vidéo sur des supports tel un disque dur (vous me direz que le terme parlait de lui-même

). Ardour permet donc de créer des morceaux basés sur des échantillons (enregistrés directement ou importés depuis des fichiers .wav), disposés sur des pistes multiples, lesquelles représentent la ligne de chaque instrument.
Qui plus est, ce logiciel permet l'édition de ces dernières, d'où son second statut de DAW :
Digital Audio Workstation. Il inclut une fenêtre de mixage, permettant de travailler sur chaque piste : gain (ou volume), balance (position en stéréo ou Dolby) et effets (un echo, par exemple). On peut aussi créer des automatisations (changements de volume, de balance ou modification d'un effet sans intervention de l'utilisateur lors de la lecture et de l'exportation), éditables via l'éditeur principal.
Les effets sont appliqués grâce à des plugins dits
LADSPA. Il s'agit de petites applications permettant de traiter le son sur une piste. Par exemple, parmi les plugins
TAP, on retrouve des effets de réverbération, d'écho, un égaliseur, etc. Il est aussi possible d'utiliser les plugins
VST de Steinberg grâce à Wine et à un
SDK fourni par l'entreprise.
Ardour est originellement développé par Paul Davis. Ce dernier est aussi l'initiateur du serveur
JACK.
JACK : pilier de la MAO sous GNU/Linux
Il faut d'abord savoir que sous GNU/Linux, la sortie et l'entrée audio sont obtenues grâce à un programme qui permettra au noyau de reconnaître et d'exploiter la carte son. Les plus connus sont
ALSA,
OSS (celui-ci étant devenu archaïque) et le très récent
PulseAudio (qui sera incorporé dans la prochaine version d'Ubuntu, et qui est déjà présent sous Fedora).
JACK réquisitionne ce programme pour relier entre eux tous les logiciels compatibles avec ce serveur. De base, nous avons le Playback (la sortie, aboutissant à vos enceintes) et le Capture (l'enregistrement, partant de votre micro), que nous pouvons relier l'un à l'autre. Nous entendons ainsi notre propre voix ressortir par nos enceintes. Vous me direz que nous obtenons le même effet sans JACK, via un simple réglage d'ALSA (ou autre). Mais ce n'était qu'un exemple de ce que la bête a dans le ventre.
Ardour est compatible avec JACK.
Ceci permet de relier le Capture à une piste pour réaliser un enregistrement, ou de l'en déconnecter. On peut aussi y relier un autre logiciel comme le lecteur
XMMS. De base, toutes les pistes sont reliées au Master, le principal canal recevant plusieurs pistes, ce qui permet d'attribuer un effet à plusieurs instruments en même temps sans les éditer un par un. Celui-ci lui est relié au Playback. JACK permet de modifier ces réglages à loisir. Par exemple, je peux diriger directement chacune de ces pistes vers le Playback sans passer par le Master.
Mais plus encore, pour finaliser un morceau, plutôt que de diriger les pistes directement vers le Master, je peux d'abord les faire transiter par un autre logiciel tel que
JAMin. (pour le mastering) Je n'ai plus qu'à relier cet outil au Master, et je peux alors compresser et remanier le morceau avant d'exporter.
L'exportation crée un fichier audio (en .wav, principalement) que l'on pourra ensuite écouter via son lecteur favori.
Ardour peut aussi être piloté par une table de mixage externe, dispensant de l'utilisation de la souris lors de l'écriture d'automatisations.
En clair, cette station audio, couplée avec d'autres logiciels via JACK offre un environnement de qualité professionnelle (de nombreux studios en sont équipés). Qui plus est, Ardour est un logiciel libre. On pourrait dire qu'il est à l'audio ce que Blender est au graphisme.
Nouveautés d'Ardour 2.2
Après cette présentation, parlons des apports de cette nouvelle version :
- Une librairée a été intégrée : Rubber Band. Celle-ci permet d'étirer une région sans en modifier la tonalité, et vice-versa.
- De nouveaux raccourcis clavier ont été rajoutés pour une plus grande simplicité d'utilisation.
- Des VU-Mètres (témoins de volume) ont été ajoutés à gauche de chaque piste, dispensant d'un coup d'œil au mixeur.
- La couleur des VU-mètres passe du « vert -> orange -> rouge » au « bleu -> blanc -> rouge », ce qui permet de savoir rapidement si le volume dépasse le seuil recommandé.
Ajoutons à ça de multiples bugs corrigés, et de nombreux plantages anihilés !
Ce que l'avenir lui réserve :
Ardour est actuellement en voie d'être porté vers d'autres systèmes d'exploitation. Les développeurs annoncent être proches d'une version en natif pour Mac OS X, qui serait indépendante de
X11 (permettant d'installer des applications GNU/Linux sous Mac), sachant qu'une version de JACK est déjà présente sous cette plate-forme. Par ailleurs, il sera compatible avec les plugins
Audio Units.
On parle aussi d'un portage sous MS Windows, qui en l'état semble encore être un rêve lointain.
Il y a quelques mois, le comblement d'une des plus grandes carences d'Ardour a été mise en chantier :
le logiciel sera bientôt doté d'un séquenceur MIDI ! Ceci permet de composer à l'aide d'une grille (nommée « éditeur matriciel » ou « step sequencer »), et de jouer le résultat à l'aide de SoundFonts (sons synthétiques, utilisables via des logiciels comme
QSynth). Actuellement, ce manque est largement compensé par l'éditeur
Rosegarden. Il suffit ensuite de relier le synthétiseur à une piste.
Installation :
Le code source est
téléchargeable sur le site officiel d'Ardour. Il faut ensuite le
compiler avec scons.
Ceux qui ne désirent pas compiler peuvent toujours l'installer via le système de paquets de leur distribution. Gentoo à part, les versions proposées sont cependant plus anciennes.
Conclusion :
Ardour est un éditeur audio multipistes compatible avec JACK, qui permet de relier divers logiciels entre eux.
Si la version 2.2 sortie récemment n'apporte pas les changements que ses utiliseurs attendent de pied ferme, elle améliore grandement le confort d'utilisation, et offre une stabilité qui incite à une patience confortable.
Le meilleur reste à venir avec l'inclusion d'un séquenceur MIDI et d'un portage sur les deux plate-formes concurrentes.
Quelques liens :