L’équipe en charge du projet KDE vient aujourd’hui de dévoiler la dernière version de l’environnement de bureau bien connu des utilisateurs de GNU/Linux. Apportant de nombreuses améliorations et corrigeant de nombreux défauts de la précédente version, KDE 4.1.0 est une version plus mature et plus utilisable pour le grand public que KDE 4.0.
Commençons tout d’abord par les critiques émises envers KDE 4.0 ces derniers mois, pour nous intéresser ensuite aux nouveautés de KDE 4.1 corrigeant les problèmes rapportés par les utilisateurs.
KDE 4.0 : un échec pour les utilisateurs
La sortie de la version 4.0 de KDE il y a maintenant plus de 6 mois a été très médiatisée. En effet, la dernière version majeure de cet environnement de bureau datait du 22 mars 2002, avec la sortie de KDE 3.0. Ce fut donc un événement majeur dans le monde du libre, d’autant plus que KDE 4.0 s’annonçait comme une révolution dans le monde des environnements de bureau.
Cependant, cette version a déçu plus d’un utilisateur : en effet, les composants de KDE étaient souvent défectueux, de nombreuses fonctionnalités étaient manquantes, certaines applications de KDE 3.5 manquaient à l’appel dans la version 4.0, et l’instabilité rendait parfois l’environnement totalement inutilisable. Le composant le plus critiqué a notamment été Plasma, le nouveau bureau unifié de KDE 4.0 (qui remplace KDesktop et Kicker de la version 3.5), qui était selon les gens pas assez mature pour être intégré dans une version disponible pour le grand public : en effet, Plasma est tout simplement la partie la plus visible de KDE.
Certains ont à ce moment émis la suggestion de
forker KDE : cela signifie reprendre le code de KDE pour le faire évoluer d’une autre façon, indépendante du but des développeurs officiels. En effet, ces gens trouvaient pour la plupart (et trouvent encore, pour certains) que KDE 4.0 était largement inférieur à KDE 3.5, notamment au niveau des fonctionnalités et de l’ergonomie. La communauté de KDE a été grandement divisée durant cette période, même si des discussions avaient souvent lieu dans les commentaires de blogs des principaux détracteurs de KDE 4.0, ou sur les mailing-list de KDE.
Cependant, une citation résume à elle seule la position des développeurs de KDE sur l’échec de KDE 4.0 pour le grand public : «
KDE 4.0 is NOT a failure; it is a place to start » (
source). En effet, même si KDE 4.0 est une version stable et utilisable par des librairies de base de KDE, les applications ne sont pas forcément au rendez-vous, tout comme les capacités de personnalisation. Les bases étant maintenant posées, les développeurs de KDE peuvent enfin programmer des applications en étant sûrs qu’elles seront compatibles avec les versions suivantes de KDE, sans devoir en modifier le code.
On peut également noter que le même genre de critiques avait été émis lors du passage de KDE 2 à KDE 3 : en effet, KDE 3.0 était comme KDE 4.0 une mise en place des fondations plutôt qu’une mise en place d’un environnement utilisable. Cependant, la médiatisation intense autour de KDE 4.0 a masqué le but réel de cette version.
KDE 4.1 : une version de l’environnement plus utilisable
C’est donc sur les fondations établies par KDE 4.0 que le projet KDE a continué sa route, malgré les critiques émises par de nombreuses personnes. La nouvelle version 4.1 corrige de nombreux défauts et bugs reportés par les utilisateurs de la version 4.0. Elle apporte également un bon lot d’améliorations pour faciliter la vie des utilisateurs. Voyons un peu en quoi KDE 4.1 diffère de la version précédente, et les nombreuses améliorations qui y ont été apportées.
Quelques statistiques
Commençons tout d’abord par les chiffres officiels donnés par l’équipe du projet KDE. Entre KDE 4.0 et 4.1, il y a eu :
- 20803 commits, qui sont en gros des modifications du code sur le serveur central du projet KDE. Ce nombre est tout simplement énorme par rapport à ce qui se fait dans les projets amateurs où l’on dépasse rarement les 1000 commits par an ;
- 15432 modifications de fichiers de traduction : en effet, KDE est traduit dans de nombreuses langues (50 au total), et chaque modification d’une application nécessite souvent des modifications dans les traductions ;
- 166 nouveaux comptes de développeurs pour le projet KDE créés par l’équipe des administrateurs systèmes de KDE. Ce nombre est également considérable et montre bien l’interêt du modèle de développement Open Source utilisé par KDE.
Le retour de KDE-PIM
Le module PIM de KDE, signifiant
Personal Information Management, réunit de nombreuses applications ayant pour but de gérer la vie de tous les jours de l’utilisateur, et notamment les contacts avec d’autres personnes. La wikipédia anglophone nous en dit plus sur PIM, et je vous invite grandement à la consulter si vous ne savez pas exactement de quoi il s'agit.
Lors de la sortie de KDE 4.0, tout le module KDE-PIM n’avait pas encore été reprogrammé. La possibilité d’utiliser des applications KDE 3 avec KDE 4 permettait toutefois d’utiliser les applications de PIM de l’ancienne version. Ainsi, les développeurs ont décidé d’exclure KDE-PIM de la version 4.0 officielle et d’attendre la version 4.1 pour le réintégrer. Toutes les applications telles que KMail (client mail), KAddressBook (le carnet d’adresse), Kopete (client de messageries instantanées comme MSN, AIM, Jabber ou IRC), KOrganizer (gestionnaire d’emploi du temps) sont maintenant disponibles avec KDE 4.1, ce qui permet de profiter d’un environnement totalement unifié.
En effet, l’avantage de KDE-PIM est que toutes les données sont centralisées et réutilisables dans tous les programmes. Un contact rentré dans KAddressBook peut être réutilisé comme contact MSN dans Kopete, pour envoyer un mail via KMail ou même pour planifier un rendez-vous dans KOrganizer. C’est dire la puissance de toutes ces applications, qui sont d’ailleurs réunies dans un outil centralisé : Kontact, qui vous permet d’utiliser toutes les applications (ou presque) de KDE-PIM dans une interface unifiée.
De nouvelles applications pour KDE
La sortie de KDE 4.1 est également l’occasion de découvrir de nombreuses nouvelles applications intégrées dans KDE. Je vous propose une petite liste de ces nouveaux-nés de l’environnement KDE :
- Step, un logiciel qui plaira à tous les physiciens, permettant de simuler des expériences de mécanique. Il permet par exemple de simuler les mouvements de solides en translation, l’utilisation d’un ressort, les frottements, etc. Son utilisation est très intuitive, et permet à n’importe qui de l’utiliser très facilement.
- KsCD est un lecteur de CD de musique très basique, mais ainsi très simple à utiliser et à intégrer dans une autre application. Avec son interface simpliste, il permet de changer et lire les pistes, de mettre en pause, de gérer le volume, et plein d’autres choses.
- Okteta remplace KHexEdit dans la nouvelle version de KDE. Cet éditeur héxadécimal très évolué permet d’éditer très facilement des fichiers binaires, et même de réaliser des opérations complexes dessus. Il peut aussi s’intégrer dans les autres applications (via le système des KParts).
- Lokalize remplace l’outil KBabel de KDE 3.5, et permet la traduction d’applications utilisant l’outil libre gettext (comme le fait le projet KDE et de nombreux autres projets Open Source). Il gère tout ce que son ancêtre KBabel gérait, comme les dictionnaires de traductions communs (permettant d’uniformiser la traduction d’un mot dans une équipe de traduction), et est utilisé par l’équipe du projet KDE pour traduire les applications de KDE 4.1.
- Dragon Player est un lecteur de vidéos simpliste utilisant les nouvelles technologies de KDE 4.0, comme par exemple Phonon. Son interface est elle aussi très simple et dénuée de fonctionnalités inutiles, permettant simplement (et efficacement) la lecture de vidéos, ce qui est tout de même le rôle principal de cette application.
- Enfin, des nouveaux jeux font leur apparition dans le projet KDE. Il s’agit de KDiamond (un jeu où vous devez échanger des blocs sur une grille pour marquer des points), Kollision (où vous devez déplacer la balle bleue pour éviter les balles rouges qui parcourent l’écran), KBreakOut (un casse-briques pour KDE) et Kubrick (un simulateur de Rubick’s Cube).
Les composants déja existants mûrissent
La plupart des bugs constatés dans les composants de KDE 4.0 tels que Plasma (le gestionnaire unifié de bureau / barre des tâches "Tableau de bord") ou KWin (le gestionnaire de fenêtres) ont étés corrigés dans la version 4.1, ce qui a permis aux développeurs de se concentrer sur de nouvelles fonctionnalités pour toutes ces applications plus vieilles mais beaucoup plus importantes pour l’utilisateur. Voyons quelles ont été ces modifications :
- Konqueror, le navigateur web de KDE, ajoute à sa liste de fonctionnalités la capacité de réouvrir des fenêtres ou onglets fermés récemment, et le smooth scroll, fonctionnalité déja existante dans Firefox, qui adoucit le défilement des pages web avec la roulette pour le rendre moins brusque et moins mécanique.
- Dolphin, l’explorateur de fichiers, a maintenant un nouveau mode d’affichage permettant de voir l’arborescence des répertoires dans la fenêtre. L’équipe des développeurs de KDE a également rajouté un moyen d’ajouter un fichier à la sélection : en plus du très connu Ctrl+Clic, un petit bouton « + » est maintenant affiché sur chaque fichier ou dossier survolé par la souris. De plus, il supporte maintenant les onglets.
- KWin, le gestionnaire de fenêtres, gère depuis la version 4.0 les effets de composition, comme par exemple la transparence des fenêtres, la 3D, et pas mal d’autres choses que seul Compiz Fusion gérait auparavant. La version 4.1 rajoute à ces fonctionnalités les très connues fenêtres en caoutchouc (qui se déforment quand vous les bougez), et un nouveau gestionnaire de Alt+Tab utilisant des effets 3D.
- Plasma, le gestionnaire de bureau, supporte maintenant des options très intéressantes pour les utilisateurs, comme le fait de pouvoir mettre plusieurs panels à la place d’un seul, et de pouvoir modifier facilement le contenu des panels. Un nouveau plasmoïde (composant qui se place sur le bureau) voit son apparition, permettant d’afficher le contenu d’un répertoire sur le bureau en utilisant le composant de Dolphin.
Conclusion
Au final, KDE 4.1 corrige les nombreux défauts de la version précédente en écoutant les points de vue des utilisateurs mécontents. Les capacités de personnalisation s’approchent de plus en plus de ce qui était disponible dans la version 3.5, tout en permettant une plus grande flexibilité avec la nouvelle architecture de KDE (Plasma est par exemple plus évolué que le trio KDesktop/Kicker/SuperKaramba précédemment utilisé).
Pour installer cette nouvelle version, le plus simple est d’attendre que les mainteneurs de votre distribution créent les paquets appropriés. Cela prendra peut-être plusieurs semaines selon les distributions. Si vous êtes impatients, vous pouvez également compiler le code source de KDE 4.1 en utilisant les instructions du site officiel.
Même si KDE 4.1 semble s’approcher de plus en plus de ce que les utilisateurs veulent, certains composants imaginés au début du développement ne sont toujours pas présents dans cette version. On peut notamment citer le menu Raptor, censé remplacer le menu K, toujours en développement à ce jour, mais qui semble être très prometteur et qui sera probablement une des fonctionnalités-clé de KDE dans le futur.
La prochaine version de KDE, KDE 4.2, est elle prévue pour la fin du mois de janvier 2009. Je vous conseille donc de bien profiter de la version 4.1, qui restera la version actuelle pour un bon moment. Bonne visite sur le Site du Zéro.
Merci à bluestorm pour sa relecture et ses conseils avisés sur ma news.
Merci également à Tizz qui a accepté de zCorriger ma news en urgence ce matin.
Tout comme l'équipe KDE, je dédie cette news à Uwe Thiem, un contributeur de longue date à KDE, mort récemment.