C'est tambours battant que l'orchestre de programmeurs constituant l'équipe de développement du
logiciel de gravure musicale LilyPond, après deux ans de répétitions assidues, a enfin donné une représentation majeure, à savoir la
publication de sa branche 2.11 en tant que branche stable, avec la
sortie récente de la version 2.12.
Lily pond quoi ?
Je ne saurais vous dire qui est cette Lily, mais
LilyPond est un logiciel libre et multiplateforme destiné à l'édition de partitions de musique via son ordinateur. Certains doivent alors penser qu'il s'agit encore d'un de ces
ersatz libres du très renommé
Finale. Il est effectivement à cent lieues de ce dernier, mais sans doute pas pour les mêmes raisons.
Des causes esthétiques
Depuis l'apparition de logiciels
WYSIWYG permettant d'obtenir des partitions de musique sur ordinateur, adoptés par divers éditeurs, les musiciens achetant les recueils en résultant sont arrivés à un triste constat : ces portées ne sont plus aussi belles que pouvaient l'être celles éditées avant les années 1970. Ces musiciens n'avaient pas forcément l'érudition leur permettant d'expliquer le pourquoi de cette répulsion. Cet instinct a alors été étayé par des experts plus au fait des règles d'édition musicale.
Le principal défaut était que ces partitions paraissaient « mécaniques ». En y regardant de plus près, ils avaient mis en lumière plusieurs écueils, tels que :
- les emplacements quasiment identiques des barres de mesure (permettant de séparer chaque mesure) d'une ligne à l'autre ;
- des mesures parfois trop grandes pour peu de texte ;
- un espacement strictement égal entre les notes d'une même durée ;
- des signes mal placés, voire chevauchant des notes déjà écrites ;
- etc.
Mais la gêne ne se justifiait pas uniquement par un esthétisme que le « grand public » pouvait alors juger élitiste. En fait, un problème plus grave se posait : l'interprétation. Une règle de base dans la typographie musicale est qu'il ne faut pas que la partition paraisse trop homogène, au risque de perdre le lecteur dans un dédale de
portées identiques, alors qu'il aurait un instant détourné le regard pour mieux se concentrer sur son jeu plutôt que sur le déchiffrage (car jouer, ce n'est pas seulement fixer la feuille).
Certains iront alors objecter qu'avec un de ces logiciels d'édition de partitions, il est évidemment possible de corriger soi-même les erreurs commises par la machine. Mais qu'y a-t-il de plus fatiguant que de devoir corriger chaque petit signe, alors que le logiciel pourrait effectuer ces calculs tout seul ?
Des scripts artistiques
Une fois ces défauts mis en évidence, des programmeurs ont alors pensé à une autre manière d'envisager l'édition de partitions par ordinateur :
le principe serait de prendre son éditeur de texte favori et d'y écrire des instructions musicales avec une syntaxe pas trop cacophonique.
Le programme s'occuperait alors d'interpréter ces scripts pour en ressortir des partitions prêtes à être imprimées, calculant automatiquement divers paramètres pour que l'utilisateur n'ait pas à trop intervenir dans la mise en forme.
Ce logiciel est né sous le nom de LilyPond.
Les programmeurs ont fait un important travail de documentation sur les règles esthétiques de l'impression musicale, et sur les techniques utilisées à l'époque où celles-ci étaient directement imprimées sur papier par des professionnels, qui devaient subir dix ans de formation afin d'en arriver à des résultats de référence comme ceux de
Bärenreiter. LilyPond a émis le voeu de faire le même travail. Il effectue donc plusieurs tâches dans un certain ordre :
- il pose d'abord les notes sur une même ligne horizontale ;
- il écrit la portée ;
- il dispose la clef tout en ajustant les notes verticalement (étant donné que le référentiel est désormais présent) ;
- il ajoute les queues en les positionnant selon la hauteur des notes ;
- il relie alors les valeurs courtes (croches, doubles croches, etc.) entre elles ;
- et il appose les altérations (comme les dièses et les bémols) puis la ponctuation. Au cours de ce dernier travail, la position des notes est réajustée afin que les signes n'empiètent pas dessus.
Le travail graphique est le plus gros du programme, l'interprétation des scripts n'en excédant pas les 10%.
Voici un exemple simple de la syntaxe de LilyPond sur
Au clair de la lune :
Code : TeX1
2
3 | \relative c' {
c4 c c d e2 d c4 e d d c1
}
|
Résultat :
On s'aperçoit vite que le nom des notes est issu de l'appellation anglo-saxonne (grecque, à l'origine). Les plus chauvins peuvent bien sûr changer ce paramètre et utiliser les noms latins (Do, Ré, Mi, etc.).
La
polyphonie est naturellement possible :
Code : TeX 1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17 | \new ChoirStaff <<
\new Voice {
\clef treble
\relative c' {
e4 e e f g2 f e4 g f f e1
}
}
\new Voice {
\clef bass
\relative c' {
c4 c c d e2 d c4 e d d c1
}
}
>>
|
Résultat :
Certains remarqueront que
la syntaxe est très similaire à celle de 
, un logiciel permettant de composer des documents, scientifiques notamment. Et pour cause, LilyPond en utilise quelques fonctions.

est par ailleurs nécessaire pour le compiler, mais ne faites pas ça chez vous les enfants, c'est sale !

Le logiciel intègre en plus sa propre fonte graphique, nommée « Feta ». La syntaxe peut rebuter, mais bien apprise, elle s'avère très puissante et garde un certain « esprit musical ». Sa force est aussi dans le fait qu'un même résultat peut s'obtenir de plusieurs façons.
L'exportation, au format PDF, PNG, etc. étant à la hauteur des gravures faites à la main, LilyPond n'a pas pour autant la prétention de remplacer le travail d'un vrai éditeur « du terroir », car son approche esthétique, bien qu'excellente, reste discutable, et ne conviendra pas aux aspirations de tout le monde. Les utilisateurs peuvent cependant modifier certains paramètres par défaut, mais cela n'est pas forcément des plus simples (la plupart diront même que la syntaxe avancée est vraiment ingrate de ce côté-là).
Pour les autres types d'instruments, comme la guitare, LilyPond ne se cantonne pas qu'aux partitions classiques. Il est évidemment possible de réaliser des
tablatures, tout comme des notations moins courantes, comme la musique contemporaine ou la basse continue.
Les nouveautés de cette version 2.12
Je ne m'en vais pas lister tous les très nombreux ajouts effectués depuis la branche 2.10, mais en voici quelques principaux :
- création du bloc « \bookpart », pour ceux désirant réaliser un recueil de partitions, après lequel un changement de page est effectué ;
- ajout d'un élément « page-count » dans le bloc « \paper », permettant de fixer un certain nombre de pages pour sa partition. LilyPond se charge alors de redimensionner les portées afin de respecter la valeur demandée ;
- les indications métronomiques peuvent se voir ajouter des indications textuelles ;
- ajout du contexte « FretBoard », permettant de réaliser des indications pour les frettes de guitare ;
- il faut savoir qu'en harpe, la tonalité est déterminée selon la valeur que l'on attribue à chaque corde (bécarre, dièse ou bémol) via sept pédales. L'interprète pouvant être amené à changer de tonalité pendant le morceau, LilyPond propose désormais une notation spécifique aux pédaliers de harpes ;
- pour les partitions en plusieurs parties, ont peut dorénavant constituer une table des matières ;
- les valeurs longues (rondes, blanches, etc.) occupant à elles seules une mesure complète sont à présent précédées d'un peu plus d'espace ;
- possibilité de régler soi-même l'orientation d'une liaison en y ajoutant un « ^~ » pour la placer en haut, ou un « _~ » pour la placer en bas ;
- sur les tablatures, les chiffrages d'accord et les glissandos ont été ajoutés ;
- les objets (notes, indications textuelles ou nuances) figurant hors de la portée sont maintenant automatiquement positionnés pour ne pas se chevaucher ;
- les portées sont placées en tenant mieux compte des notes qui pourraient s'en retrouver très éloignées, évitant que ces dernières soient trop proches d'une portée à laquelle elles n'appartiendraient pas.
La liste complète des changements se trouve à
cette adresse (en anglais).
Télécharger et installer LilyPond
Des installateurs pour
GNU/
Linux,
FreeBSD,
MS Windows et
MacOS X sont disponibles sur la page de téléchargement, et s'occupent d'installer LilyPond sur le système. Vous pouvez aussi passer par le gestionnaire de paquets de votre distribution. Pour les aventuriers, le code source peut être téléchargé et compilé, mais c'est une opération très fastidieuse, qu'on laisse volontiers aux packageurs.
Mes partitions ne veulent plus être exportées en PDF !
C'est normal, il faut les mettre à jour afin de s'assurer que la syntaxe corresponde au mieux à la version actuelle. Il faut au préalable avoir indiqué sur sa partition la version de LilyPond utilisée, puis taper la commande :
Code : Console | convert-ly -e ma_partition.ly |
Et on peut à nouveau exporter !
Apprendre le LilyPond
Un tutoriel est en cours de rédaction sur le Site du Zéro, mais vous pouvez aussi lire
la documentation officielle, qui propose un
tutoriel d'initiation, puis un apprentissage détaillé pour chaque type de notation, ainsi que les fonctions de personnalisation.
Conclusion
LilyPond est à la fois un logiciel et un langage d'édition de partitions par ordinateur, issu du

. Son but est de prendre en charge automatiquement la mise en forme de la partition sans que l'utilisateur n'ait à y passer trop de temps, tout cela à l'aide d'un langage de script souple que l'on peut apprendre assez facilement. Sa branche 2.11, jusqu'alors en développement, est désormais considérée comme stable, avec la sortie de la version 2.12. Les nouveautés apportées contribuent à rendre le logiciel toujours plus complet.
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