Le réseau mondial et l'ensemble de ses utilisateurs pourraient souffrir et accuser une perte de près des 3/4 de sa connectivité. Les développeurs du célèbre programme
µTorrent envisagent de privilégier le protocole UDP au détriment du protocole TCP actuellement préféré, en protestation contre les politiques de bridage mises en place récemment par de nombreux fournisseurs d'accès à Internet.
Les répercussions pourraient alors être énormes.
Pourquoi passer de TCP à UDP ?
On estime que le Peer-to-peer représente aujourd'hui près de la moitié de trafic total mondial, avec Bittorrent comme principal responsable d'une grande partie de toutes ces données. Pour remettre tout cela en perspective, penchons-nous rapidement sur ces deux grands protocoles d'échanges de données utilisées sur la toile. Leurs différences sont loin d'être négligeables.
A ma droite,
TCP. C'est le protocole utilisé pour près de 98% de trafic mondial. Pour envoyer des informations, les deux machines effectuent ce que l'on appelle un
handshake ; par ailleurs des mécanismes de contrôle vérifient que les données ne se perdent pas en route ou sont reroutées ailleurs, assurant une intégrité des échanges appréciable. Pour établir une connexion entre deux machines Bob et Alice, il y a 3 étapes :
« Salut Alice, ça va ? J'aimerai bien t'envoyer un truc, ça pose un problème ? » (SYN)
« Salut Bob, non j'ai rien de mieux à faire, envoie la sauce ! » (SYN-ACK)
« Okidoki, ça va arriver sous peu. » (ACK)
Et à partir de là, Bob peut envoyer ses données à Alice.
Cette mini-conversation a lieu entre autres pour naviguer sur le web, papoter avec les amis sur les services de messagerie instantanée, ou encore télécharger des fichiers par FTP. Si le protocole détecte des pertes, dans le cas d'un réseau surchargé, le protocole fait en sorte que les paquets soient renvoyés dans un délai raisonnable tout en ralentissant la cadence pour éviter un embouteillage trop important.
A ma gauche,
UDP. Ce dernier n'inclut aucun système de handshake, résultant en une vitesse accrue, au détriment de l'intégrité des données. On l'utilise dans la VoIP (ou voix sur IP) ou encore dans les jeux vidéo en ligne. En effet, dans ce genre de cas, peu importe si quelques paquets se perdent en chemin, puisque dans des applications comme la VoIP, peu importe si on perd un peu d'infos tant que notre interlocuteur reste intelligible. Il s'agit donc d'une alternative très intéressante pour envoyer beaucoup d'information rapidement, au risque de perdre quelques bricoles en route ; on se débarrasse de tous ces paquets aussi vite que possible.
Jusqu'alors, µTorrent, véritable référence sur laquelle s'appuient tous les clients tiers (Azureus, Deluge, KTorrent et des dizaines d'autres), utilisait TCP. Le trafic du P2P est gigantesque et les FAI ont mis en place des mesures, parfois drastiques pour privilégier le trafic dit prioritaire, comme la navigation Web, évitant que toute la bande passante disponible disparaisse.
Une transition à haut risque
Là où ça coince, c'est qu'une transition vers UDP du trafic bittorrent rendrait impossible de privilégier certains types de trafic sans faire souffrir les amateurs de jeux vidéo et les entreprises qui reposent de plus en plus sur des solutions de VoIP pour leurs communications. En effet, il est techniquement impossible de mettre en place du filtrage sur le contenu sans utiliser des techniques très intrusives. Si encore les FAI disposaient des ressources matérielles pour mettre un place une telle entreprise de scan des données transitant par leurs serveurs, il y a fort à parier que les utilisateurs auraient vite fait de crier à l'atteinte de leur vie privée. Aucune entreprise sérieuse aux données confidentielles n'accepterait un tel contrôle.

A en juger par les statistiques actuelles du trafic, on estime que la bande passante disponible diminuerait de près de 75 %. Les Fournisseurs pourraient alors se résoudre à mettre en place des quotas de données brutes par utilisateur, avec un coût supplémentaire pour les utilisateurs au trafic entièrement légitime. Le débat fait actuellement rage au sein de la communauté Bittorent, et nombreuses sont les voix qui s'élèvent contre cette mesure qui pourrait mettre le réseau à genoux et perturber le trafic mondial. Les scénarios catastrophes ne manquent pas, comme la décision de rendre illégale la possession d'un client Bittorrent par les différents gouvernements. On n'en est bien sûr pas encore là mais les répercussions envisageables ne laissent pas moins des sueurs froides chez les responsables réseau et les entreprises dont la qualité de la bande passante est primordiale. En effet, payer une fortune son fournisseur ne sert pas à grand-chose si les câbles qui relient les fournisseurs entre eux sont eux-mêmes engorgés.
La nuit dernière, la société Bittorrent, qui édite µTorrent,
a réagi violemment aux accusations du Register en déclarant que la manoeuvre était au contraire là pour mettre en place un contrôle des surcharges réseau plus efficace que ce que TCP a à offrir. Cette déclaration tardive ne semble pas convaincre grand monde.
Conclusion et liens qui vont bien
Les cyniques diront qu'il ne reste plus qu'à espérer que les développeurs sauront faire la part des choses. Quoi qu'il en soit, cela pose la question de la responsabilité des éditeurs de logiciels quant à l'état du réseau résultant de leur utilisation. L'internet actuel repose sur l'idée naïve que tout le monde joue fair-play. Cela n'est pas sans rappeler la faille DNS critique de l'été dernier, elle aussi est le résultat d'un certain laxisme dans la sécurité des fondations du Web. Il sera peut-être nécessaire de revoir toute l'infrastructure.
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