Il y a maintenant plus de trois ans, Apple choisissait de changer complètement l'architecture des processeurs de sa gamme de micro-ordinateurs, en remplaçant les PowerPC d'IBM par des
puces Intel. Mais une telle transition prend du temps : afin de rester compatibles avec les machines plus anciennes, les logiciels n'étaient jusqu'à présent pas optimisés pour la nouvelle architecture - à commencer par OS X.5 (dit « Leopard »).
Ça n'est qu'avec la nouvelle version de son système OS X, sortie vendredi 28 août, qu'Apple achève cette transition. Aucune modification graphique n'a été faite, Mac OS 10.6 Snow Leopard est tourné sur l'optimisation.
Quelques logiciels remis à neuf
Enfin un OS 100% 64 bits
L'argument principal en faveur de Snow Leopard, dévoilé par Apple lors
d'une première présentation du système en 2008, était une meilleure utilisation des technologies développées ces dernières années par la firme. Ainsi, cette dernière version tire enfin partie de l'architecture 64 bits, permettant aux applications de disposer de plus de 4 Gio de mémoire vive (à condition que vous les possédiez bien évidemment), ce qui servira aux logiciels les plus gourmands. De plus, cette architecture pourrait apporter de
nouveaux bénéfices en terme de sécurité : rappelons que la sécurité du système a toujours été un point fort avancé par Apple, d'ailleurs bien souvent mis à mal.
Du neuf avec du vieux
De plus, certains logiciels comme le
Finder (le navigateur de fichier) ou QuickTime (le lecteur vidéo) tirent désormais partie des technologies présentes depuis longtemps sous OS X, qu'ils n'utilisaient alors curieusement pas. Par exemple, le Finder a été réécrit dans le langage Objective-C, avec l'
API Cocoa, pilier essentiel du développement sous Mac OS X. Cette bibliothèque originale, héritée du système
NeXTSTEP, a toujours été conseillée pour le développement d'applications pour Mac OS X, mais pour des raisons obscures
le Finder ne se pliait pas à cette règle.
QuickTime X vient quant à lui remplacer le vieillissant QuickTime, et tire lui aussi parti des technologies spécifiques à OS X, comme
CoreVideo ou
CoreAnimation. Le lecteur a également été revu pour être plus agréable à l'utilisation, et la gestion des formats H.264 et AAC a été améliorée (cette modification est naturellement répercutée dans les autres applications). Le logiciel peut également désormais
diffuser des vidéos en streaming HTTP. Certains s'inquiètent cependant de l'avenir de la technologie de « réalité virtuelle »
QuickTime VR, qui semble délaissée dans cette nouvelle version.
Un nouveau pari : le parallélisme
Depuis quelques années déjà, l'industrie informatique s'intéresse à une nouvelle solution pour augmenter les performances des micro-ordinateurs. Le but n'est plus d'augmenter la puissance d'une seule unité traitante comme on le faisait jusqu'à maintenant, mais de multiplier ces unités traitantes afin de maximiser le nombre de calculs effectués
en même temps. Par exemple, plutôt que de laisser le CPU (processeur) réaliser tous les calculs, le système peut en déléguer certains au GPU (carte graphique) afin de terminer une opération plus rapidement. On peut également multiplier le nombre de cœurs traitants dans un processeur pour permettre la même optimisation. Le problème est que cela complexifie grandement la tâche du programmeur, et demande l'utilisation de bibliothèques tierces, voire spécifiques à un matériel donné.
OpenCL
Apple, accompagnée d'Intel, d'AMD et de Nvidia, a donc conçu
OpenCL, qui est à la fois une API et un langage de programmation issu du C, régit par le
Khronos Group, qui contrôle déjà
un certain nombre de groupes de travail, dont OpenGL. OpenCL vise donc à simplifier la programmation sur plusieurs unités traitantes, et notamment sur GPU. AMD et Nvidia ont déjà présenté des démonstrations de cette technologie, démontrant par exemple la capacité de la bibliothèque à supporter de manière transparente plusieurs cœurs ou GPU.
Pour l'instant, toutes les implémentations de cette technologie reposent sur la
Low Level Virtual Machine et le compilateur
Clang, un projet de compilateur pour les langages C, C++ et Objective-C visant à offrir une alternative à GCC. Il n'est pas étonnant de constater qu'Apple est impliqué dans tous ces projets, qui sont déjà pour certain utilisés dans Mac OS X Leopard. Sans surprise non plus, OpenCL figure dans Snow Leopard, où cette technologie pourra servir à améliorer les performances des jeux, des applications multi-médias ou même des programmes de calcul scientifique.
Grand Central Dispatch
Cependant, si OpenCL demande au développeur d'apprendre à se servir d'une nouvelle technologie de bas niveau (ce qui n'est en général pas requis pour développer sous OS X), Apple a conçu une technologie de plus haut niveau, plus simple à appréhender pour un développeur Cocoa. Comme tous les Macintoshs sont aujourd'hui équipés de processeurs multi-cœurs, Snow Leopard intègre
un nouveau système de répartition des threads (les tâches effectuées en parallèle par les applications) nommé Grand Central Dispatch. Intégré au système, ce procédé demande aux développeurs de découper les tâches se prêtant au parallélisme dans des blocs (un rajout fait par Apple au langage C), séparés dans des queues (des files d'exécution). Grand Central Dispatch choisira alors à l'exécution vers quel processeur il doit envoyer ces queues pour qu'elles soient exécutées. Cela permettra donc aux développeurs de ne plus se soucier des coeurs et de se concentrer sur le reste.
Peu d'informations sont pour l'instant disponibles, mais des
explications sur Grand Central sont disponibles sous forme de fichier PDF sur le site d'Apple.
Des améliorations mineures pour l'utilisateur
Bien que les principales nouveautés de Snow Leopard soient d'ordre technique, cette nouvelle mouture apporte tout de même son lot d'améliorations au système, à l'interface ou aux applications livrées avec Mac OS X. La liste
complète est disponible sur le site d'Apple, mais elles peuvent être détaillées selon ces trois niveaux.
Au niveau du système
Snow Leopard étant optimisé pour processeurs Intel, il est beaucoup plus léger que ses prédécesseurs : l'installation par défaut pèse ainsi 7 Go de moins que Leopard, ce qui est non négligeable, même sur de gros disques durs. Le système est plus rapide à installer, et est de manière générale plus réactif que ses prédécesseurs : sortie de veille, recherche du wifi, sauvegardes via TimeMachine… sont autant de points qui ont été améliorés, rendant Snow Leopard plus léger à l'utilisation. De plus, les mises à jour pour les périphériques d'impression sont automatiquement téléchargées et installées, en toute transparence pour l'utilisateur, depuis le site d'Apple. Enfin, Snow Leopard
embarque un anti-spyware analysant les applications téléchargées.
Au niveau de l'interface
Exposé, l'outil permettant de survoler rapidement toutes les fenêtres ouvertes, est désormais intégré au Dock, ce qui devrait simplifier son utilisation. Dans la même idée, les piles (permettant d'accéder à certains dossiers privilégiés depuis le Dock) sont également améliorées, la navigation étant rendue plus facile. Les services, permettant aux applications installées de proposer certaines de leurs fonctionnalités selon les données que vous manipulez (par exemple, envoyer le texte sélectionné sous forme d'e-mail dans l'application Mail), sont remis au goût du jour : hérités du système NeXTSTEP, ils étaient certes présents depuis les premières versions de Mac OS, mais cachés dans un obscur menu "Services". Ils sont désormais accessibles via un clic-droit, et
Automator permet d'en définir de nouveaux très simplement. Finalement, la sélection de texte au sein de documents PDF a été revue, et est désormais plus intelligente.
Au niveau des applications
Outre le Finder et QuickTime X, plusieurs applications ont été revues et améliorées pour la sortie de Snow Leopard. Safari, par exemple, arrive dans sa version 4. Les performances, bien sûr, sont en hausse, notamment grâce
au moteur Nitro qui interprète le JavaScript plus rapidement que la plupart de ses concurrents. Apple revendique de plus le support de différentes technologies comme HTML 5 ou les effets CSS (voir
une démonstration), et un score de 100/100 au test Acid 3.
Outre ces considérations technologiques, Safari est désormais plus stable grâce à
l'isolement des plug-ins (tels que Flash) pour éviter les plantages (la technologie d'Adobe étant malheureusement peu stable sur Macintosh). Enfin, une
nouvelle technologie nommée "Web Spots", visant à identifier les différentes parties sémantiques d'une page web, fait son apparition. Elle pourrait par exemple servir aux personnes mal-voyantes, pour ne sélectionner et ne lire à voix haute que les passages les plus importants d'un document en ligne. Vous pouvez visiter
le blog du projet WebKit pour découvrir d'autres nouveautés liées à Safari.
Le
logiciel de messagerie instantanée iChat a lui aussi été amélioré. Parce qu'il est très utilisé pour la visioconférence, cette dernière est désormais plus efficace en haute résolution, demandant moins de bande passante. Le partage de document est également facilité, grâce au support des vidéos, des présentations Keynote ou d'autres documents riches. L'interface de l'application fait également peau neuve, et est plus cohérente avec le reste du système. Pour les entreprises, Snow Leopard est également
capable de prendre en charge les services Microsoft Exchange, dans les applications Mail, iCal ou encore dans le Carnet d'adresses. Enfin,
Aperçu tire partie des nouvelles technologies visant à booster Snow Leopard afin d'améliorer les performances des opérations de retouche ou d'analyse des images.
Une version adressée surtout aux développeurs ?
Snow Leopard est donc une mise à jour majeure de Leopard, qui apporte son lot de technologies et de nouveautés en tout genre. Il est cependant certain que les grosses innovations présentes dans le système
concernent surtout les développeurs (Grand Central, OpenCL)
ou les entreprises (Microsoft Exchange). De plus, les premières sont encore neuves, et demanderont
un temps d'adaptation de la part des développeurs (il est peu probable que ceux-ci s'empressent de réécrire leur code pour faire plaisir à Apple). Ainsi, l'utilisateur moyen ne profitera sans doute pas immédiatement des nouveautés de Snow Leopard, surtout s'il utilise déjà Leopard.
Cet état de fait explique sans doute le choix d'Apple de proposer Snow Leopard au prix de 29 €, et de 49 € pour la version Family Pack (installable sur 5 machines différentes), à condition que vous possédiez déjà Leopard ou Tiger. L'installation se fera alors sous forme de mise à jour depuis le DVD. Pour les personnes ayant une version antérieure à Tiger, une version Mac Box Set contenant iLife '09, iWork '09 et un CD d'installation de Snow Leopard est disponible au prix de 169 €.
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