Nous vous annoncions dans une précédente
news l'expérience inédite de cinq journalistes (J.Tremblay, N-E.Zidane, N.Willems, A-P.Martin, B.Muller) consistant à vivre reclus dans un gîte du Périgord, coupés du monde, avec pour seules sources d'informations les célèbres réseaux sociaux Twitter et Facebook.
L'expérience, d'une durée de cinq jours, étant arrivée à sa fin, un bilan s'impose !
Deux outils distincts pour deux types d'informations
Du côté de Twitter
Premièrement, les journalistes ont été surpris par la rapidité avec laquelle l'information est relayée. En effet, le principal avantage trouvé par les participants au site de micro-blogging est bien la vitesse avec laquelle une information peut être diffusée : «
On savait que Twitter avait cette qualité mais on ne mesurait pas l’ampleur du phénomène » déclare d'ailleurs Benjamin Muller, dans
un bref bilan publié sur le site de France Info.
Mais la rapidité de diffusion d'une information sur Twitter peut aussi vite devenir un désavantage : étant donné qu'il est très simple de publier une information sur ce service, des milliers de personnes risquent de subir la désinformation d'une nouvelle.
Ce fut le cas dernièrement, à la veille du début de l'expérience, où l'étrange détonation à Lille avait créé un buzz qui avait entraîné plus de 5000 tweets : très vite, on parlait d'incendie, d'explosion, de guerre... alors qu'il s'agissait d'un avion ayant franchi le mur du son.
L'utilisation de Twitter nécessite donc un tri de l'information, comme l'ont appris nos journalistes, à leur dépens, en étant submergés par un grand nombre de rumeurs.
Deuxièmement, l'information relayée via Twitter est brève et ne constitue pas une information complète. Nicolas Willems reconnaît par exemple avoir appréhendé Twitter comme un outil à part entière de sa pratique journalistique, particulièrement comme outil d'alerte. Les informations transmises par ce service ont donc besoin d'être approfondies pour pouvoir être comprises et entièrement décryptées. Elles peuvent néanmoins servir de base et sont donc considérées comme des
alertes.
Enfin, les journalistes auront remarqué que Twitter ne diffuse pas ou peu les informations au niveau international. Pour eux, ce qui est publié concerne bien souvent le domaine
people, et ou se résume alors en anecdotes. Janic Tremblay, de Radio Canada, pense que «
Les médias qui occupent le terrain sont ceux qui réussissent à s'approprier les réseaux sociaux ». Pour lui, seuls La Presse est présente sur Twitter et non ceux de certains grands journaux et de certaines radios (comme
Devoir et
Radio-Canada, dans le pays du journaliste).
Du côté de Facebook
Facebook a lui été conçu pour maintenir des contacts sociaux entre ceux qui s'y inscrivent. Le réseau social n'est donc pas adapté à la diffusion rapide et efficace des informations. Facebook est en effet, selon Nicolas Willems (
RTBF), principalement un outil servant à recueillir des témoignages de faits passés. On peut donc dire que le site peut être davantage utilisé comme un outil permettant de retrouver des traces de faits anciens plutôt que comme plate-forme d'informations instantanées.
Pour exemple, Nicolas Willems raconte comment, en signalant sur Twitter que lui et ses collègues journalistes souhaitaient entrer en relation avec un haïtien connu pour avoir donné l'alerte sur le séisme au monde entier, le réseau s'est très vite mobilisé pour leur permettre de le retrouver sur Facebook et avoir un ou plusieurs témoignages de sa part. Facebook peut donc faire office de plateforme de diffusion de témoignages, de faits passés et narrés alors que Twitter, lui, fait office de relais de l'information, en instantané.
Bilan de l'expérience
Par cette expérience enrichissante, plusieurs conclusions peuvent être tirées :
Tout d'abord, toutes les informations relayées par les réseaux sociaux comme Twitter et Facebook ne sont pas forcément vraies : certaines ne sont que spéculations, erreurs ou même mensonges volontaires, même si d'autres sont authentiques.
Les journalistes retiennent que
toute la difficulté consiste à parvenir à évaluer correctement la qualité des informations reçues. Nicolas Willems rapporte en effet qu' «
il faut beaucoup de temps pour se faire un bon réseau, et les informations ne viennent pas pour rien, donc aucun message n'est innocent ».
Ensuite, parmi les informations réelles, seul
le principal de chaque information est connu. On sait par exemple qu'un accident de voiture s'est produit, mais on ignore les circonstances de cet accident. L'actualité transite plus vite par les réseaux sociaux que par les médias habituels mais contient beaucoup moins de détails.
Pour finir, les participants à l'expérience concluent en disant
que les réseaux sociaux ne sont pas forcément mieux que les médias habituels (chaînes télévisées, journaux, radios) ou inversement mais que les deux ont bien des avantages et des inconvénients, les rendant ainsi complémentaires l'un de l'autre.
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