C'est lors de la conférence annuelle Google I/O 2010, qui s'est tenue le 19 et 20 mai à San Francisco, que Google a annoncé la libération du codec vidéo
VP8, acquis lors du rachat de On2 technologies, créant ainsi le nouveau format vidéo libre
WebM. Après le
VP3 qui a servi de base au format
Theora, c'est le second codec de la firme qui est désormais offert à la communauté.
Les enjeux pour le web
Un contexte difficile
Les formats utilisés pour le streaming vidéo sur le web n'ont jamais fait l'unanimité, au grand dam des internautes. Les divergences d'intérêt opposant les grandes sociétés Adobe, Apple et Microsoft, ont conduit à ce que le streaming sur internet soit difficilement accessible à tous.
Lors de la dernière révision du principal langage du web
HTML 5, la balise
<video>
a été présentée comme étant révolutionnaire, car elle peut utiliser les codecs gérés nativement dans le navigateur et n'a pas besoin de plugins supplémentaires.
Un grand débat a alors eu lieu autour du futur format dédié à gérer la vidéo sur le web, la Mozilla Foundation et Opera Software avaient évoqué la problématique d'utiliser un format dont les droits de propriété intellectuelle ont été déposés, tandis que Microsoft et Apple soutenaient le codec propriétaire H.264.
La seule alternative était alors le format Theora basé sur le codec VP3, utilisé notamment par Dailymotion et Wikimédia.
Une libération attendue
Après le rachat d'On2, la
FSF, dans une
lettre ouverte à Google, avait exprimé le souhait d'une libération du codec VP8, soulignant l'opportunité qu'avait Google d'imposer cette technologie en l'utilisant sur YouTube, le principal site de diffusion de vidéos sur le web.
Dans
un communiqué paru quelques heures après la déclaration, la
FSF félicite Google pour avoir fait de cette demande une réalité.
Citation : FSFLa Free Software Foundation soutient l'adoption de WebM et invite tous les développeurs de navigateurs à soutenir WebM et Ogg, tout comme Mozilla et Google le font déjà avec Firefox et Chrome.
Présentation du format WebM
Le format WebM est basé sur le conteneur vidéo
Matroska, le codec vidéo VP8 et le codec audio
Vorbis.
La qualité vidéo du format WebM semble être équivalente au H.264, cependant, un développeur x264,
qui s'est penché sur les spécifications techniques du VP8, conclut que ce dernier est moins performant que le H.264 Main Profile et High Profile, mais il s'agit là d'une conclusion difficilement vérifiable et qui n'est pas impartiale. Même si WebM n'est pas aussi abouti techniquement que le H.264, sa véritable force réside dans le fait qu'il s'agisse d'un format libre.
Si pour un grand nombre d'utilisateurs la différence entre ce format vidéo et d'autres n'est pas évidente, d'un point de vue économique, le format libre WebM suscite un très fort engouement. Il n'y a rien d'étonnant à cela, les brevets propriétaires représentant une dépense importante pour les sociétés les utilisant, en soutenant un format libre qui a des chances de s'imposer comme standard dans un futur proche, certains pourraient faire de réelles économies. Nombreux sont les projets et les entreprises soutenant déjà WebM. C'est le cas de Nvidia, AMD, Oracle, Adobe, Opera Software, la Mozilla foundation, Xiph.org et bien d'autres (
liste complète).
Une licence ingénieuse
La licence de WebM, basée sur la célèbre licence BSD, avait été soigneusement étudiée pour éviter toute attaque sur le terrain de la propriété intellectuelle. Ainsi, tous ceux qui intenteraient des poursuites judiciaires ou même un soutien à une procédure judiciaire mettant en cause le VP8, se verraient retirer tous les droits d'utilisation du format. Il s'agit là d'une stratégie ingénieuse : en effet, dans ces conditions, il parait improbable qu'une société attaque Google.
Cependant, ce choix de licence a causé quelques problèmes puisque la façon dont elle est rédigée l'a rendue incompatible avec de nombreuses licences libres, comme la licence GPL qui inclut elle aussi une clause relative aux brevets dans sa troisième version. Cependant, dans la version de Google, cette clause n'invalidait pas que les droits sur les brevets, mais tous les droits donnés par la licence. De plus, cela revenait à créer une nouvelle licence libre en plus des
nombreuses déjà existantes. Finalement, le 5 juin, la licence a été modifiée et découpée en deux parties : une partie sur les droits d'auteurs, qui est en fait une
licence BSD à trois clauses et une
partie spécifique aux brevets.
L'utilisation du format
Qui supporte le WebM ?
Opera, Chromium et Firefox ont été très rapides pour implémenter le WebM : il suffit de disposer de leur dernier "nightly build" (version quotidienne : liens pour
Firefox,
Chromium (la base libre de Google Chrome) et
Opera) pour en profiter. Attention : ces versions sont encore instables et en anglais.
Flash,
dans une future version, devrait supporter le codec VP8, ce qui peut être une solution pour les anciens navigateurs non compatibles HTML 5.
Enfin, Internet Explorer 9 l'implémentera également, à condition que l'utilisateur installe lui-même le codec.
Youtube et le WebM
YouTube, le célèbre site de partage de vidéos, supporte déjà WebM (ce qui n'est pas très étonnant, YouTube appartenant à Google). DailyMotion, quant à lui, supporte Theora (OGG) et Vimeo, le H.264, mais ils passeront sûrement bientôt au WebM.
Pour bénéficier du WebM, il faut disposer d'un navigateur compatible,
activer la version HTML5 sur YouTube et ajouter
&webm=1 à la fin des URL des vidéos que vous voulez visionner.
Encoder et lire le WebM
Pour GNU/Linux, il suffit d'utiliser un plugin pour ffmpeg, un logiciel de conversion de vidéos en ligne de commande. Pour Windows, il faut simplement télécharger un plugin pour DirectShow, l'API qui gère la vidéo dans Windows, notamment utilisée par Windows Media Player, pour pouvoir encoder et lire des vidéos WebM. Un plugin pour GStreamer (le DirectShow de Linux) est en cours de création. Le lecteur multimédia VLC est lui aussi capable de lire le format WebM depuis sa version 1.1.
Pour les développeurs qui souhaitent implémenter WebM dans leurs applications, un
kit de développement est mis à leur disposition.
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