Après plusieurs mois d’attente et de corrections de
bugs, les développeurs du projet Debian
viennent d’annoncer la sortie de la nouvelle version stable de la distribution, en ce dimanche 6 février.
Comme
toutes les releases de Debian, celle-ci porte le nom d’un personnage de Toy Story. Cette fois, c’est au tour de Squeeze, l’extraterrestre, d’incarner la version 6.0.
Petite histoire du projet
Debian est une association à but non lucratif fondée par
Ian Murdock, dont l’objectif était de développer une distribution libre qui se base sur Linux et sur GNU. Celle-ci, nommée Debian GNU/Linux, est apparue en 1993. C’est l’une des distributions GNU/Linux majeures, à la fois historiquement et par son nombre d’utilisateurs.
Ce projet se démarque des autres distributions par sa stabilité, son indépendance vis-à-vis de toute entreprise et son fonctionnement démocratique très poussé (il y a même une « constitution » écrite). En effet, à ses débuts, une petite équipe de
hackers du logiciel libre voulait élaborer ce projet soigneusement et consciencieusement selon des principes qui définissent désormais l’informatique libre. La maintenance et la gestion étaient aussi soumises à une attention toute particulière. Au fil du temps, des bénévoles, essentiellement des développeurs, participèrent peu à peu au projet.
Tous ces bénévoles sont en accord avec des règles qui forment le
contrat social Debian. Celui-ci certifie, entre autres, que le système d’exploitation ne dépend pas de composants non-libres, que les différents « dysfonctionnements » qui surviennent lors de l’utilisation de l'OS sont rendus publics et que les attentes des utilisateurs sont prioritaires.
Aujourd’hui, Debian est utilisée par des particuliers mais aussi par des entreprises et des organisations gouvernementales comme l’
observatoire européen de l’audiovisuel ou l’
INSEE en France. Debian maintient d’ailleurs
une liste (non exhaustive) des associations et entreprises utilisant sa distribution (comme on ne demande pas aux utilisateurs de s'enregistrer, il n'y a pas de
statistiques exactes sur le nombre d'utilisateurs).
Le système d’exploitation universel
Debian se veut « le système d’exploitation universel ». Pour cela, elle offre plusieurs libertés à ses utilisateurs.
Pas moins de 12
architectures différentes sont supportées : AMD64, IA-64 et Ix86, bien sûr, mais aussi SPARC, Power PC, Alpha, ARM, EABI ARM, HP PA-RISC, MIPS (
big endian), MIPS (
little endian) et IBM S/390. Moyennant quelques bidouillages, Debian peut même fonctionner sur un téléphone équipé d'Android (soit en le remplaçant, soit en ayant les deux simultanément).
La possibilité de choisir ce qui nous convient entre stabilité et logiciels « dernier cri »
En effet, Debian a plusieurs versions en cours simultanément :

- La oldstable, qui est la version stable précédente (elle s’appelle Lenny) et qui reste maintenue en moyenne une année après la sortie de la nouvelle stable.
- La stable (désormais Squeeze), qui est la version recommandée pour ceux qui souhaitent une stabilité à toute épreuve.
- La testing, qui deviendra stable dans environ deux ans, et qui offre un bon compromis entre la stable et la unstable. La nouvelle s’appelle Wheezy, comme le manchot dépressif de Toy Story.
- La unstable, qui est la version destinée à ceux qui veulent un système très à jour et qui ne craignent pas un petit dysfonctionnement de temps en temps. Elle garde constamment le nom de Sid, qui est le nom de l’enfant qui casse ses jouets dans Toy Story, mais aussi l’acronyme de still in development (encore en développement).
- La experimental : c’est une pseudo-version, extrêmement à jour, qui n’est pas utilisable en elle-même. Ce que fait l’utilisateur (seulement celui qui veut la toute dernière version dans les dépôts, pas l’utilisateur moyen), c’est qu’il utilise la unstable, et qu’il prend quelques logiciels à partir de la experimental, selon ses besoins.
Ubuntu, la distribution GNU/Linux utilisée dans le cours de
M@teo21, est quant à elle basée sur la version
unstable de Debian. C’est pourquoi les logiciels des versions
stables d’Ubuntu sont plus récents que ceux des
stables de Debian (mais la
unstable reste plus à jour qu’Ubuntu).
Les versions
stables de Debian portent bien leur nom : elles ne plantent presque jamais et ne comportent presque pas de
bugs. C’est pourquoi on ne connaît jamais à l’avance la date de sortie d’une
stable : « elle est prête quand elle est prête ».
La possibilité de choisir un système 100 % libre
Un autre point fort de Debian est sa philosophie. En effet, par défaut, seuls sont activés les dépôts contenant exclusivement des
logiciels libres. On peut étudier leur code source, le modifier et le redistribuer librement. Aucun logiciel « propriétaire » (ou « non libre »), n’est installé par défaut et aucun n’est indispensable au fonctionnement du système.
Même le noyau Linux, dans cette version 6.0, a été modifié et débarrassé de tout élément sous licence propriétaire. Il est donc maintenant facile d’avoir un système entièrement libre.
Mais, là encore, rien n’est imposé. Les utilisateurs qui le souhaitent peuvent retrouver un Linux classique (celui qu’utilisent la plupart des autres distributions) en installant le paquet
firmware-linux-nonfree. Ils peuvent aussi choisir des logiciels propriétaires, clairement identifiés comme tels, en activant les dépôts
contrib et
non-free. Pour cette raison, la célèbre
Free Software Foundation ne reconnaît pas Debian comme étant une distribution 100 % libre.
La possibilité de choisir son noyau
C’est l’une des grandes nouveautés de la version Squeeze. Debian n’utilisait jusqu’à maintenant que le noyau Linux. Le projet
Debian GNU/kFreeBSD propose une distribution avec un noyau autre que Linux : celui de FreeBSD.
On remarquera qu’il s’agit du
noyau de FreeBSD, et non de FreeBSD lui-même, d’où le « k » (comme
kernel). L’espace utilisateur, lui, reste GNU, ce qui a permis de transposer facilement la quasi-totalité des paquets de la version GNU/Linux.
L’intérêt principal de ce projet est d’allier les avantages d’une distribution célèbre et stable comme Debian, avec un noyau très robuste, qui supporte entre autres les
prisons FreeBSD, le pare-feu
Packet Filter d’OpenBSD, le système de fichiers
ZFS d’OpenSolaris et les pilotes
NDIS de Microsoft. Enfin, certains matériels sont supportés par kFreeBSD et pas par Linux (l’inverse arrive aussi).
Cette branch sera officiellement intégrée au projet Debian avec la sortie de Squeeze ; elle est donc considérée comme suffisamment stable.
Autre noyau disponible : le
Hurd.
Hurd est la « pièce manquante » à l’achèvement du projet GNU, qui veut devenir un système d’exploitation libre complet.
Pourquoi ?
- Pour ne plus dépendre d’un autre projet (le noyau Linux).
- Parce que Linux comporte, comme on l’a dit, plusieurs modules sous licence privatrice. Le Hurd, lui, est conçu pour être 100 % libre ; ça peut paraître infime mais, dans l’esprit des libristes, c’est une véritable différence.
- Hurd est un noyau de type micro-noyau (comme Minix ou celui de Mac OS X), par opposition aux noyaux monolithiques (comme Linux ou celui de FreeBSD).
Le principe de l’architecture micro-noyau consiste à ne mettre que les fonctions vraiment essentielles dans le noyau lui-même, et à déléguer le reste des tâches à des modules tournant en espace utilisateur (
Ring 3). Du coup, si un module (par exemple l’accès au système de fichiers) vient à crasher, cela n’empêchera pas les autres de continuer à fonctionner. En outre, le développement est simplifié.
Par contre, comme les modules doivent communiquer entre eux, les micro-noyaux sont un peu plus lents que les noyaux monolithiques. Mais cette différence n’est pas vraiment visible au niveau d’un PC commun et récent.
Le noyau Hurd et le projet Debian GNU/Hurd ne sont pas encore stables ni faciles à installer, mais ils sont tout de même utilisables.
Nouveaux paquets
Cette nouvelle version propose plus de logiciels que la précédente, Lenny. La distribution ajoute plus de 10 352 nouveaux paquets pour un total de plus de 29 050.
67 % des paquets qui étaient déjà présents ont été mis à jour. Parmi ces derniers, on compte par exemple Apache, MySQL, Python, GIMP, PHP ou encore Iceweasel (la version « debianisée » de Firefox). Les environnements de bureau ont également été mis à jour. GNOME passe de la version 2.22 à la 2.30 et KDE de la 3.5 à la 4.4.
Certains paquets ont aussi été supprimés pour diverses raisons, par exemple l’absence de mainteneur, ou encore, plus simplement, parce que le logiciel est devenu inutile.
Le noyau Linux passe à la version 2.6.32 (alors que Lenny utilisait le 2.6.26). Celle-ci apporte un bien meilleur support matériel, ainsi que la gestion du système de fichiers ext4.
On remarquera que, contrairement aux versions d’Ubuntu, il y a peu de changements majeurs directement visibles par l’utilisateur. En effet, Ubuntu se veut un système très facilement utilisable par l’utilisateur lambda. C’est pourquoi ses développeurs mettent l’accent sur l’interface et répercutent les mises à jour de Debian pour le reste. Quelques efforts ont tout de même été faits dans ce sens : le programme d’installation graphique est plus automatisé et propose de l’aide à chaque étape, et une logithèque inspirée de celle d’Ubuntu apparaît en complément de Synaptic.
Quand une distribution propose près de 30 000 paquets logiciels, il n’est pas toujours facile de faire son choix. Les blends sont des « méta-paquets » permettant à certaines catégories d’utilisateurs de sélectionner d’un coup tous les paquets dont elles ont besoin. Certains peuvent d’ailleurs être installés directement avec leur propre image ISO.
Les blends actuels sont Debian junior (pour les enfants), Debian Med (pour les professionnels de la santé), Debian Science (pour les scientifiques), Debian Edu, aussi appelé Skolelinux (pour les établissements scolaires), ou encore Br Desktop (pour les utilisateurs brésiliens).
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