Annoncée en janvier 2008 au cours du salon
Solutions Linux, la migration des ordinateurs de la Gendarmerie nationale française vers
Ubuntu prend forme et se concrétise. En effet, dans le but de réaliser des économies et de prendre des distances par rapport aux éditeurs de programmes, l'administration a jugé bon de ne pas renouveler les licences d'utilisation du système d'exploitation
Windows sur les machines de la Gendarmerie.
Pourquoi migrer vers Ubuntu ?
La Gendarmerie a besoin de moyens informatiques importants afin de traiter toutes les données en rapport avec la défense et la sécurité intérieure du territoire, par exemple. En 2008, on parlait de 70 000 postes ; deux ans plus tard, le corps dispose de plus de 85 000 machines pour un effectif qui s’élève à environ 100 000 personnes. Toutes ces machines tournent sous le système d'exploitation Microsoft Windows, propriétaire et payant, livré avec la quasi-totalité des ordinateurs personnels du marché.
Pour utiliser Windows, il faut une licence, et celle de la Gendarmerie expire en 2014. L'administration a constaté que son renouvellement pour chaque poste coûterait à l'état environ 2 millions d'euros, sans compter le coût des supports techniques. Elle s'est donc penchée sur une solution libre mais avant tout gratuite, présentée et acclamée comme performante : la distribution Linux
Ubuntu.
Un passage progressif et annoncé
Il s'agit d'une tâche fastidieuse pour la gendarmerie de faire migrer 85 000 ordinateurs tournant sous Windows vers Ubuntu, ceci ne se fera donc pas en un jour. Le commandant de la Gendarmerie nationale, Jean-Luc Chateau, estime que 10 000 machines pourront passer à cette distribution par an. En 2015, 90 % du réseau prendra un nouveau départ, pour peu que le nombre de postes n'augmente pas de manière significative. Le plafond des 7 000 ordinateurs migrés a déjà été atteint. Pour accompagner les fonctionnaires dans ce nouvel environnement, la Gendarmerie a acheté à
Canonical (l'entreprise éditrice d'Ubuntu) un support
PSE, qui offre un contact personnalisé avec une assistance technique.
Pourtant, la migration vers le libre et la gratuité n'est pas un phénomène nouveau. En effet, l'idée a vu le jour avant 2005 mais ne s'est concrétisée qu'en 2006, avec le passage au client de messagerie gratuit Mozilla Thunderbird. En 2007, la suite bureautique
Microsoft Office est
mise au placard au profit de la suite libre
OpenOffice.org. La même année, l'Assemblée nationale
équipe ses ordinateurs avec Ubuntu. Toujours dans le cadre des diverses licences, ces migrations ont représenté plusieurs millions d'euros d'économie.
Une revanche du libre après l'épisode viennois
Ce projet, qui se concrétise, est en opposition avec la politique informatique viennoise. En effet, le gouvernement avait préféré, il y a un an, débourser 8 millions d'euros pour migrer vers Windows Seven, plutôt que de mettre en place le
projet LiMux qui visait à migrer vers Linux, trop difficile à implanter selon les autorités, et qui avait valu à la ville le surnom de « capitale du libre ».
Cet engouement pour Ubuntu montre qu'il est possible d'adopter des logiciels libres à grande échelle et prouve qu'une telle ambition peut aboutir.
De plus, certains gendarmes sont d'avis que le bureau d'Ubuntu est « plus simple » à utiliser que celui de Windows. La migration a été favorisée par les voix entendues d'associations indépendantes pour la diffusion du logiciel libre, telles que
Framasoft. Le libre gagne donc du terrain parmi les institutions publiques et sera peut-être le standard de demain.
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