Lancé en juin 2009,
Bing est un moteur de recherche développé par Microsoft. La firme de Redmond avait maintenu jusqu'alors plusieurs services de recherche. En 1998, elle annonçait la sortie de MSN Search, et en 2006, celle de Windows Live Search, qui comprenait de nombreuses améliorations. En 2007, Microsoft voulait rendre indépendant son moteur de recherche des services
Windows Live, et le renomma Live Search. Néanmoins, engendrant encore des confusions dans les esprits, ce dernier changea de nom pour Bing. En proposant ce moteur de recherche, qu'il pense innovant et capable de fournir des résultats plus pertinents que ses concurrents, Microsoft a pour objectif de déstabiliser Google, géant du domaine.
Ces derniers temps, Bing a fait couler beaucoup d'encre sur la toile, puisque Google l'accuse de copier certains de ses résultats de recherche. Des propos activement démentis par Microsoft, qui soupçonne l'entreprise californienne de nuire volontairement à son image, par jalousie.
Des soupçons aux convictions
Depuis plusieurs mois, les ingénieurs travaillant sur le moteur de recherche Google avaient des doutes quant à la provenance des résultats de recherche de Bing. En effet, comme le dévoile
Amit Singhal sur le
blog officiel de la firme, c'est en testant l'algorithme de correction orthographique de Google que les premiers soupçons ont vu le jour. En tapant « torsorophy », Google réussissait à trouver l'orthographe correcte de cette maladie, la « tarsorrhaphy ». À ce moment, Bing n'était pas capable de corriger automatiquement cette recherche. Quelque temps plus tard, ce dernier proposait étrangement des résultats pour ce terme mal orthographié, sans indiquer à l'utilisateur que le mot avait été automatiquement corrigé.
Après ce constat qui leur mit la puce à l'oreille, les employés de Google remarquèrent que le nombre de sites web communs aux résultats de recherche des deux services augmentait, et que leur position était parfois sensiblement la même, que les termes soient mal orthographiés ou très rarement recherchés. En octobre, souhaitant en savoir plus sur les actions de Microsoft, ils indexèrent une centaine de requêtes farfelues telles que « mbzrxpgjys », associées à des documents ne présentant aucun rapport. Comme envisagé, Bing tomba dans ce piège vicieux et fournissait, quelques semaines après l'expérience, les résultats enregistrés manuellement par Google pour une dizaine de fausses recherches.

Pour y parvenir, l'entreprise avait demandé à 20 de ses ingénieurs, avec un nouvel ordinateur tournant sous Windows, de taper ces termes sans aucune signification dans la barre de recherche de Google, avec Internet Explorer 8, la fonctionnalité de suggestion de sites activée et la barre d'outils de Bing installée. Ses soupçons étant alors confirmés, le leader de la recherche en ligne a conclu de ses observations que le navigateur de Microsoft, Internet Explorer (du moins dans sa version 8), pouvait transmettre des données à son concurrent,
via la fonctionnalité « Sites suggérés », la barre d'outils Bing, et peut-être encore grâce à d'autres mécanismes.
Google déplore et accuse ainsi cette pratique, qu'il considère être de la simple « copie » et souhaiterait voir cesser. Amit Singhal en profite également pour rappeler qu'il n'y a aucune innovation à utiliser des données issues de services concurrents, et termine même en encourageant les internautes à « utiliser directement Google » s'ils souhaitent obtenir « les résultats les plus pertinents et les plus authentiques » lors de leurs recherches.
Explications et accusations réciproques
Quelques heures après l'accusation de Google, que
Matt Cutts n'hésita pas à rappeler lors du
Farsight 2011, une conférence dédiée à la recherche sur le Web, l'équipe de Bing répliqua. C'est d'abord
Harry Shum, vice-président de Bing, qui défendit la firme en nuançant fortement les propos de Google. Dans un
article publié sur son blog, il reconnaît en effet que le moteur de recherche récupère des informations issues d'Internet Explorer, mais que ces données ne représentent qu'une faible partie des centaines de critères de recherche décrits dans l'algorithme. C'est certainement pour cette raison qu'un seul dixième des pièges tendus par Google se sont révélés être positifs.
Pour Microsoft, cette collecte d'informations que fournissent anonymement les utilisateurs par le biais de son navigateur a pour seul objectif d'améliorer la qualité des résultats de recherche, pour tout le monde. Ce ne serait en aucun cas du plagiat ou de la copie. Quatre heures après, c'est au tour de
Yusuf Mehdi, vice-président de la division des services en ligne du groupe, de faire une
mise au point, en commençant, remonté, par affirmer :
« Nous ne copions les résultats d'aucun de nos concurrents. Point final. » S'ensuit un éloge de la firme, qui posséderait « certains des meilleurs cerveaux du monde travaillant pour la qualité et la pertinence de la recherche en ligne ». Pour l'entreprise, l'accusation de Google n'est qu'une insulte à l'encontre de ses ingénieurs.
D'autre part, Microsoft compare le piège établi par son concurrent à une attaque de type «
pot de miel », ou encore à une «
fraude au clic » souvent utilisée par les spammeurs. En effet, l'expérience de Google, consistant à effectuer de fausses recherches, serait truquée et non-significative : elle aurait eu pour simple but de manipuler les résultats de Bing.
Microsoft va plus loin, en renvoyant la balle dans le camp adverse ; pour Yusuf Mehdi, le copieur serait Google. En effet, il s'avérait que son concurrent s'est plus ou moins
inspiré des fonctionnalités de Bing pour en reproduire certaines. C'est par exemple le cas pour la page d'accueil, en proposant dans le même style que Bing de choisir un arrière-plan (cf. image ci-dessus), pour la recherche d'images, en faisant défiler automatiquement les pages, etc. D'après Microsoft, Google serait donc mal placé pour accuser quiconque de « copiage ».
La défense du groupe se termine par une touche d'ironie : Google aurait-il accusé Bing pour salir l'image de ce moteur de recherche qui s'améliore progressivement ? C'est en effet la question soulevée par Yusuf Mehdi, s'étonnant que cet évènement coïncide avec la mise en place de nombreuses améliorations sur son moteur de recherche les mois derniers.
Si Google possède toujours la majorité des parts de marché du secteur de la recherche en ligne, ce lavage de linge sale en public aura permis à Bing de rappeler son existence. On peut également penser que celui-ci a une importance croissante aux yeux de ses concurrents, comme Google, ou encore de Yahoo, avec qui Microsoft a signé
un partenariat en 2009.
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