C'est en tout cas ce que veulent tenter les créateurs du site
Free Culture Foundation. Créé le premier janvier 2007, ce site essaie de promouvoir et de soutenir les différentes initiatives s'inscrivant dans le cadre global de la "culture libre".
Qu'est-ce que la culture libre ?
Ce terme n'est pas encore très bien défini. En se basant sur une traduction française possible, "culture du libre", on pourrait le définir comme une généralisation de l'idée du "Libre", avec une orientation idéologique voire politique : ce mot regroupe l'ensemble des pratiques des partisans du libre, dans tous les domaines.
Pour la plupart des gens, le "Libre" est naturellement "
Logiciel Libre". C'est en effet des milieux du développement logiciel que nous vient l'idée du Libre (incarnée entre autres par le système d'exploitation
GNU et le noyau
Linux).
Cependant, le concept du "Libre", qui repose sur un certain nombre de libertés jugées fondamentales, n'est pas cloisonné au logiciel, et il commence à se généraliser. Que ce soit dans les arts, dans les sciences ou dans un certain nombre de domaines, des mouvements "libres" sont apparus. L'ensemble de ces mouvements peut être désigné par le terme de "Free Culture".
Les libertés en question sont résumées sur la page d'accueil de la
Free Culture Foundation (malheureusement en anglais) : libertés d'utiliser, de créer (ou de transformer), de partager, et d'apprendre.
Ce concept très simple a donné lieu à un grand nombre d'initiatives, que la Free Culture Foundation essaie de rassembler et de médiatiser.
Le site propose des essais (textes argumentatifs) sur la culture libre, mais surtout une "liste de priorités" qui présente les sujets d'actualité dans le domaine, auxquels il convient d'accorder de l'attention. Le site s'intéresse tout particulièrement aux problèmes d'ordre légal : les lois sur les
DRM, le
copyright, le
Fair Use (procédé du droit américain qui permet d'utiliser des oeuvres protégées dans certaines circonstances très particulières) etc.
Les initiatives de la culture libre
En recherchant des exemples de culture libre, nous avons découvert un nombre surprenant d'initiatives libres dans tous les domaines. Une "initiative", c'est l'action d'une entreprise, d'un site, d'une association ou autres pour promouvoir cette "culture libre". Certaines sont connues d'une partie d'entre vous, mais je suis prêt à parier qu'aucun d'entre vous ne connaît (pour l'instant

) tous les sites que je vais vous présenter.
Développement
On peut donner de nombreux ancêtres historiques au mouvement du Libre : par exemple, la transmission orale des histoires a permis, dès l'antiquité, la distribution, la création, l'amélioration et l'apprentissage du savoir; on pense par exemple que les célèbres textes attribués à
Homère, l'
Iliade et l'
Odyssée, sont le fruit d'un travail collectif issu de la tradition orale grecque.
Cependant, la culture du libre telle que nous la connaissons (on le voit très clairement dans la présentation de la Free Culture Foundation) est inspirée directement du mouvement du Logiciel Libre. C'est donc parmi les programmeurs que l'on trouve les premiers amoureux du Libre.
Ainsi, il est naturel que les activités concernant les développeurs soient très présentes dans le contexte global de la culture libre. Les sites visant à l'expansion, la promotion et le développement de logiciels libres sont nombreux. À commencer par
SourceForge, référence incontournable dans le domaine, mais de plus en plus délaissée par les développeurs depuis que le logiciel qui permet le fonctionnement du serveur est devenu propriétaire (non-Libre). Des initiatives ont donc rapidement vu le jour, on peut citer
Gna.org,
Gforge (un
fork de SourceForge), mais aussi l'hébergeur de projets libres français
Tuxfamily.
Les geeks ont joué et vont encore jouer un rôle déterminant dans l'avenir du Libre. Mais peu à peu cette tendance s'étend à de plus nombreux domaines (de quoi passer d'une pratique de barbus à ce qu'on appelle de la "culture"

), comme vous allez le voir.
Le phénomène Wiki : l'exemple de la Wikipédia
L'initiative Libre la plus connue par les non-développeurs est certainement
Wikipédia. C'est une encyclopédie basée sur le concept de Wiki : chacun peut s'il le souhaite modifier ou créer des articles. Cela permet un développement très rapide, puisque que tout le monde peut contribuer. Comme les utilisateurs participent surtout dans le domaine qu'ils connaissent et qui les intéresse, les informations sont en général de très bonnes qualités (une étude scientifique a montré que pour des domaines spécialisés, la Wikipédia est plus fiable que la plupart des grandes encyclopédies commercialisées). De plus, le logiciel permettant de mettre en place une Wikipédia,
Médiawiki, est libre, et de plus en plus utilisé dans bien d'autre wiki séparées (vous pourriez par exemple être intéressés par exemple par la
Game Programming Wiki et la
Wiki Blender).
Cette encyclopédie exploite pleinement les quatre libertés fondamentales du Libre; pour assurer cela, les textes produits sont placés sous la licence
GFDL, une des licences créées par le projet GNU. Ce qu'il faut remarquer, c'est que son succès ne tient pas tant aux libertés d'utilisation et de distribution, qui sont assez courantes sur le net (par exemple les sites internet en général sont visualisables gratuitement, de même que les logiciels FreeWare sont utilisables gratis), qu'aux libertés de modification : ce qui fait la force du modèle Wiki (qui n'a pas été inventé par la Wikipédia, et est appliqué dans bien d'autres sites), c'est surtout la liberté de modification et d'amélioration.
Le succès de la Wikipédia a très vite demandé la création d'une infrastructure spécialisée pour sa gestion, et c'est ainsi qu'a été créée la
Fondation Wikimédia. Celle-ci s'est très vite étendue, et gère maintenant de nombreux projets cousins de la Wikipédia, tels que
Wikinews (un Wiki consacré à l'actualité),
Wiktionary (un Wiki dictionnaire) et
Wikibooks (un Wiki de création de livres).
Elle s'est donc très vite dirigée vers un modèle global nommé
Open Content (en) (contenu Libre), qui vise à offrir à l'utilisateur des documents libres en tous genres, et pas seulement des articles d'encyclopédies.
Ainsi a démarré le projet
Wikimedia Commons, qui contient les images et autres documents multimédias qui sont utilisés dans les projets wikipédia (par exemple les images utilisées dans les articles de la Wikipédia).
De nombreuses photographies libres et de qualité sont disponibles. Ici, on peut voir Zozor, parti faire du ski pendant les vacances (et à Noël, comme d'habitude, il n'y a pas beaucoup de neige)
Attention à ne pas faire de confusions, Wikipédia n'a pas l'apanage du concept wiki et de l'édition collective/collaborative. De nombreux projets non affiliés à la Fondation Wikimedia connaissent un grand succès. On peut par exemple citer
MusicBrainz, la caverne d'Ali Baba des informations sur les morceaux de musique, artistes ou albums
Les scientifiques et l'Open Access
Il existe un mouvement un peu isolé, qui est pour ainsi dire parallèle à celui de la culture libre, mais qui mérite d'être mentionné ici. C'est le mouvement de l'"
Open Access (en)", dans le milieu de la recherche. Pour comprendre ses motivations, il faut avoir une idée (même grosso modo) de comment le monde de la recherche (que ça soit en mathématique, physique, sociologie, philosophie ou tout autre domaine où il y a des chercheurs) fonctionne.
En gros, quand les chercheurs travaillent, ils publient régulièrement des articles qui décrivent le contenu de leurs recherches. C'est important parce que c'est par ces articles qu'ils feront connaître leur travail, et aussi qu'ils seront évalués. Les publications dans lesquelles les chercheurs publient leurs articles (qui sont un peu particulières parce qu'il existe des comités de lecture qui vérifient qu'il n'y a pas d'âneries) ont des politiques très différentes en matière de droits d'auteurs, mais au final cela revient toujours un peu au même : les chercheurs n'ont pas beaucoup de droits sur les articles qui ont été publiés (ils peuvent parfois les afficher sur leur site web, mais encore pas toujours).
Comme la recherche est un milieu public (ou la collaboration et le partage sont importants, et où une partie fonctionne avec l'argent de l'État : imaginez que vous payez avec vos impôts des gens pour qu'ils écrivent des choses que vous n'avez pas le droit de lire gratuitement !), certains chercheurs ont cherché à trouver un moyen de publier des articles qui soient
libres d'accès. C'est ce qu'on appelle l'"Open Access". Ce n'est pas exactement la même chose que le Libre en général, puisque la liberté de
modification n'existe pas. En effet, dans le cadre d'articles scientifiques elle n'a pas grand sens, car il est très important de pouvoir citer très précisément ses sources : l'auteur, le nom de l'article, etc.. Les versions modifiées sont aussi difficilement compatibles avec les vérifications des comités de lecture; bref, les chercheurs ne veulent pas en entendre parler.
L'Open Access a un succès grandissant parmi les chercheurs, depuis la création en 2002, suite à une réunion d'acteurs de la recherche mondiale à Budapest, de la
Budapest Open Access Initiative. Celle-ci explique les bases de l'Open Access et apporte aux chercheurs ainsi qu'aux directeurs de publications scientifiques les documents permettant d'appliquer l'Open Access plus facilement.
On peut aussi citer dans le monde académique l'initiative
Open Course Ware (en), qui vise à mettre à disposition de tous des documents éducatifs (cours, TDs...), supportée par de plus en plus d'universités à travers le monde; dans le monde littéraire, un projet avait déjà été présenté dans une news du SDZ, le
projet Gutenberg.
Listening Gnu
Des logiciels, des articles encyclopédiques, des photos, voire des articles scientifiques. L'Open culture progresse aussi dans les domaines artistiques, en particulier dans celui de la musique. Depuis les grandes polémiques autour du piratage des oeuvres musicales et les réseaux peer to peer, une partie des artistes ont décidé de créer une contre-offensive en proposant de la musique téléchargable gratuitement en toute légalité.
Leurs bases légales (les licences qui permettent aux créateurs de donner des libertés en plus tout en respectant la loi sur le droit d'auteur) sont en grande majorité les licences
Creative Commons. Plus qu'une licence, c'est un ensemble de règles que l'on peut assembler à volonté pour obtenir une licence pour son oeuvre. C'est comme une recette dont les ingrédients sont "le nom de l'auteur doit être conservé", ou "pas d'utilisation commerciale", ou encore "en cas de modification, l'oeuvre dérivée doit rester sous cette licence", par exemple. Attention, certaines de ces licences sont donc non Libres : une licence qui interdit l'utilisation commerciale par exemple est non-libre, car elle va à l'encontre de la liberté de distribution par tout le monde, même contre de l'argent : le but du libre n'est pas d'empêcher les développeurs (ou dans ce cas les distributeurs) de manger
Les sites regroupants des productions musicales libres ou seulement gratuites sont de plus en plus connus. Vous connaissez sans doute le site
Jamendo (sinon, il
faut que vous alliez y faire un tour, vous y trouverez forcément un artiste qui vous plaît). On peut aussi citer
Dogmazic (anciennement connu sous le nom de musique-libre.org).
La famille de la culture libre s'étend
Ce n'est pas fini ! (parce que pour l'instant, il y a peut-être des plaisantins qui connaissaient déjà tout, donc il faut mettre du rab pour décrocher les plus coriaces). La grande famille de la culture libre n'a pas fini de s'étendre, et ce dans les domaines les plus divers et variés. Parmi les initiatives notables, on peut citer deux domaines étonnants.
Open Street Map : saviez-vous que les cartes (géographiques) n'étaient pas libres de droit ? Et bien quelques informaticiens anglais très sportifs ont décidé de s'acheter des GPS, et d'enregistrer leurs déplacements lors de leur promenades à pied ou à vélo près de chez eux, afin de collecter les informations GPS pour en faire des cartes libres de droit. Open Street Map est né, et l'initiative s'étend peu à peu dans d'autres villes, d'autres pays, grâce à la mise en place d'un système de soumission de données GPS centralisé, libre et facile d'accès.
Open Hardware (en) : les principes de l'Open Source ne s'appliquent pas qu'au logiciel, on peut les transposer dans le hardware (matériel de l'ordinateur). Ainsi, plusieurs projets ont vu le jour dans le but de proposer des spécifications de composants informatiques accessibles à tous et utilisables librement. On peut citer
Open Cores, un projet qui a créé de nombreuses puces libres, ainsi qu'
OpenSparc, un projet créé par la libération (mise sous licence libre) par Sun d'une partie de ses processeurs
SPARC (en). Enfin, l'
Open Graphic Project (en) vise à construire une carte graphique entièrement libre. Fini les drivers propriétaires !
Conclusion
J'espère que ces différents projets vous ont intéressé (ou au moins une partie d'entre eux), et qu'il y en a au moins un que vous ne connaissiez pas (je n'aime pas perdre mes paris).
Si l'un d'entre eux se trouve dans votre domaine de compétence et d'intérêt, n'hésitez-pas,
contribuez !
Évidemment, la couverture du sujet est loin d'être exhaustive (déjà qu'on trouve bizarrement que mes news sont longues...
). Je tiens à remercier lasts et Bigloo pour leurs lecture attentive, conseils et corrections.
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