Quand on parle d’alimentation électrique, on parle de courants, tensions, résistances et autres puissances. Je vous propose donc une petite mise au point sur ces notions afin de bien comprendre pourquoi notre ordinateur a besoin d’un bloc d’alimentation.
Quelques notions de bases pour bien comprendre la suite…
Savez-vous ce qu’est un électron ? Mais si, ce sont ces petites particules qui constituent (avec d’autres) les atomes. On en « voit » donc tous les jours autour de nous ! Il se trouve que les électrons ont une charge électrique, et que cette charge a la particularité d’être négative. Ainsi, on les notes souvent

, le signe « - » témoignant de cette fameuse charge négative.
Quand beaucoup d’électrons sont concentrés en un endroit précis, la charge (ou potentiel) électrique est de plus en plus négative. À l’inverse si un manque d’électron est provoqué, la charge est de moins en moins négative (donc de plus en plus positive). Entre ces deux potentiels se produit alors une différence de potentiel électrique, appelée
tension. C’est le cas entre les bornes d’une pile ou encore entre les deux fils arrivant dans la prise électrique de la maison. La tension est exprimée en volts (V).
Lorsque les deux potentiels se trouvent sur un circuit fermé, les électrons sont attirés par la borne chargée positivement, tout comme des magnets sur un frigo. En se déplaçant, ils laissent derrière eux une charge positive (puisqu’ils sont eux-mêmes chargés négativement), ce qui attire à nouveau d’autres électrons situés alentour, etc. Le déplacement de tout ce petit monde est appelé
courant électrique. L'unité d'intensité du courant électrique est l'ampère (A).
Déplacement des électrons au sein d'un matériau conducteur.
Mais le courant électrique ne se balade pas sans encombre sur son fil (ou son matériau conducteur quel qu’il soit). Il lui est opposé une
résistance dans sa progression, qui dépend notamment de la forme et de la longueur du fil, ainsi que du matériau utilisé. La résistance est exprimée en ohms (Ω).
Votre courant, vous le prenez alternatif ou continu ?
Définitions
Le courant électrique présente une particularité tout à fait étonnante : il peut s’inverser. En effet, les électrons peuvent changer leur sens de déplacement ! Si on mesure l’intensité du courant sur un circuit, ce changement de sens se traduit par une inversion de signe du courant (il passe d’une valeur positive à négative ou inversement). Si ce changement de sens s'effectue de façon périodique, alors le courant est dit
alternatif. La courbe de l’intensité au cours du temps ressemble alors à une courbe sinusoïdale telle que la suivante :
Evolution de l’intensité d’un courant alternatif au cours du temps.
Ce signal est périodique, ce qui signifie que ses variations se reproduisent à l'identique à intervalles réguliers. On appelle alors
fréquence le nombre de fois que ces variations se répètent en une seconde. La fréquence est exprimée en Hertz (Hz).
Inversement (si je puis dire), un courant qui conserve toujours le même sens est dit
continu :
Evolution de l’intensité d’un courant continu au cours du temps.
Ici, pas de notion de fréquence puisque la courbe est « plate », il n’y a donc pas lieu de parler de répétition.
Attention, si un courant est continu, cela ne veut pas forcément dire qu’il reste constant comme ci-dessus, mais que le signe de son intensité ne s’inverse pas.
Dans la pratique
En pratique, le courant qui sort des prises électriques de la maison est un courant alternatif. Sa tension oscille périodiquement de -325 V à +325 V (ce n'est pas le cas en Amérique du Nord mais le principe est exactement le même) :
Evolution de la tension au cours du temps.
On calcule alors une valeur appelée
tension efficace, qui correspond à la valeur qu’aurait la tension si elle était continue et constante :
Ainsi, la tension efficace de nos prises de courant est de

. Elle a une fréquence de 50 Hz (ou 60 Hz selon la région du globe dans laquelle vous vous trouvez, mais peu importe).
Manque de chance, les composants de l’ordinateur, comme la plupart des appareils électriques de la maison, utilisent pour fonctionner un courant continu de tension 5 ou 12 V. On est donc très loin du courant alternatif de tension 230 V fourni par les prises électriques !
Toute la problématique est donc de
transformer un courant alternatif de tension efficace 230 V, 50 Hz en un courant continu et constant, de tension 5 ou 12 V. Vous l’avez compris : c’est le rôle du bloc d’alimentation.
Voyons donc à présent comment celui-ci procède pour réaliser cette transformation.
Principe de fonctionnement du bloc d’alimentation
Tout d’abord, à quoi ressemble un bloc d’alimentation ? C’est une boîte, ok, mais encore ? Qu’y a-t-il dans cette boîte ?
Intérieur d’un bloc d’alimentation.
L’image ci-dessus montre l’intérieur d’un bloc d’alimentation dans le seul but d’illustrer son fonctionnement. En pratique, il est fortement déconseillé de l’ouvrir. D’une part ça ne sert à rien et ce n’est pas fait pour ça. D’autre part, vous risqueriez de l’endommager et ainsi endommager le reste des composants qui recevront le courant délivré.
Tous les composants du bloc d’alimentation que vous apercevez ci-dessus ont un rôle à jouer dans la transformation du courant dont nous parlions plus tôt. C’est un peu comme une recette de cuisine : pour réaliser votre plat, vous devez faire passer les ingrédients de départ par toute une série d’étapes et d’ustensiles en tout genre. Après chaque étape, le plat n’est pas encore fameux mais s’approche du résultat final. Ici, notre recette est en cinq étapes principales.
Première étape : protections et filtres
Le bloc d’alimentation est tout d’abord équipé d’un fusible, dont le rôle est de protéger l’installation électrique de votre maison. En cas de court-circuit, ce fusible va « sauter » et ainsi ouvrir le circuit électrique afin de stopper les dégâts. Un autre composant appelé varistance protégera cette fois le bloc d’alimentation (et les autres composants de l’ordinateur par la même occasion) en cas de surtension. Typiquement, cela se produit lorsque la foudre s’abat dans le coin. Sans cette protection, votre ordinateur ressemblerait alors à un toast laissé un peu trop longtemps dans le grille-pain.
Varistance (à gauche) et fusible (à droite).
Côté filtre, on utilise un « correcteur du facteur de puissance » (
PFC) afin de limiter les interférences électromagnétiques (
EMI) engendrées par le découpage de la tension. Le but est de limiter les parasites qui polluent à la fois le courant fourni à l’ordinateur, mais également le réseau électrique de la maison. Un PFC peut être actif ou passif. Un PFC actif est plus efficace qu’un PFC passif, mais il est aussi plus cher, ce qui a forcément un impact sur le prix global de l’alimentation.
Pour l’instant, aucune transformation n’a encore eu lieu, notre courant est toujours alternatif et notre tension toujours sinusoïdale, oscillant de -325 V à +325 V (soit une tension efficace de 230 V).
Deuxième étape : redresser la tension avec le pont de diode
Le pont de diode sert à « redresser » la tension. Je n’entre pas dans les détails du schéma électrique, sachez simplement qu’il s’agit de quatre diodes montées entre elles de façon à ce qu’elles ne laissent passer le courant
que dans un seul sens. Après le pont de diode, notre tension ressemble donc à ceci :
Tension redressée.
Le signe du courant ne s’inverse plus, on a donc un courant continu qui s’approche de notre objectif. C’est mieux, mais ce n'est pas encore ça.
Troisième étape : lisser la tension avec le premier condensateur
Les composants de l’ordinateur ne supporteraient pas les oscillations toujours présentes qu’on observe sur la courbe ci-dessus. La tension a donc besoin d’être « lissée ». Pour cela, on utilise un condensateur qui va agir comme un « réservoir » à courant. Je m’explique.
Lorsqu’on injecte du courant dans un condensateur, celui-ci se charge, ce qui signifie qu’il accumule de l’énergie. Cette énergie peut alors être restituée au circuit électrique, un peu comme le ferait une pile rechargeable (même si le principe physique n’a en fait rien à voir). On va alors utiliser le condensateur de façon à combler les creux de tension : quand la tension est croissante, le condensateur est chargé ; lorsque celle-ci redescend, on utilise la réserve d’énergie pour la lisser.
Charge et décharge d’un condensateur pour lisser une tension.
Au final, on a donc une courbe de tension lissée :
Tension lissée.
Là encore, c'est mieux, mais on doit encore triturer notre tension afin qu'elle ressemble tout à fait à ce que nous cherchons (une tension continue de 5 ou 12 V, je le rappelle pour les étourdis

).
Quatrième étape : abaisser la tension avec le transistor de découpage et le transformateur
Nous voici donc avec un courant continu presque constant. En revanche, la tension efficace est toujours de 230 V. Pour ne pas faire fondre comme neige au soleil les composants de l’ordinateur, on va devoir utiliser un
transformateur, composant capable d’abaisser ou d’élever une tension. Dans notre cas, nous allons bien sûr nous servir du transformateur pour baisser la tension, de 230 V à 5 V ou 12 V.
Problème : la taille d’un transformateur est inversement proportionnelle à la fréquence du courant qui le traverse. Pour éviter de nous retrouver avec un bloc d’alimentation gros comme un camion, il faut donc trouver un moyen d’augmenter la fréquence de notre signal. Cela se fait en « découpant » la tension, grâce à un ou plusieurs transistors. Le principe consiste à ouvrir et fermer un interrupteur à intervalles très restreints et régulier afin d’obtenir une tension qui ressemble à ceci :
Tension découpée.
On passe ainsi de 50 Hz à environ 100 000 Hz ! On peut donc envoyer notre courant au transformateur. Problème résolu !

Pour comprendre le principe général d’un transformateur, deux choses sont à savoir :
- Lorsqu’un courant électrique traverse un conducteur, un champ magnétique est créé alentour.
- Lorsqu’un circuit se trouve dans un champ magnétique, un courant électrique y est créé. C’est le principe de l’induction (on dit alors qu’un courant est induit dans le circuit).
Un transformateur est composé de deux bobines, c’est-à-dire des enroulements de fils conducteurs :
La première bobine reçoit le courant de tension 230 V, ce qui génère un champ magnétique. Ce champ magnétique induit alors un courant dans la seconde bobine, dont la tension est inférieure. En jouant sur le nombre de spires des deux bobines, on peut parvenir à induire un courant de tension voulue dans la seconde bobine. Le tour est joué ! Enfin presque.
Cinquième étape : redresser et lisser à nouveau la tension avec la diode Schottky et le second condensateur
Avec tout ça, notre tension est devenue complètement hachée, ce qui ne va pas plaire aux composants de l'ordinateur. On va donc la redresser de manière similaire à ce qui a été fait précédemment.
On n’utilise plus un pont de diodes mais une diode « Schottky », cette dernière chauffant moins et donc souffrant de moins de pertes d’énergie. Un second condensateur est ensuite utilisé pour lisser au mieux notre tension afin d’obtenir en sortie la tension désirée, la plus constante possible. Mais comme nous le verrons tout à l’heure, ce n’est pas toujours le cas et cela peut malheureusement entraîner quelques désagréments.
Tension finale (idéalement constante).
Maintenant que nous savons un peu mieux à qui nous avons affaire, je vous propose de nous attarder sur quelques critères importants concernant le bloc d’alimentation.